Des Senegalais parmi les combattants russes

L’organisation INPACT a pu recenser plus de 1 400 combattants africains engagés par l’Armée russe en Ukraine. Parmi eux 14 Sénégalais, dont 07 tués au front.
C’est un rapport qui risque de soulever beaucoup de bruits. Selon le collectif d’investigation Inpact, ils sont de plus en plus nombreux les Africains, y compris des Sénégalais, à rejoindre la Russie, pour aller se battre sur le front ukrainien. Sans préparation sérieuse, ils sont nombreux à y laisser leur vie. Sur les 1 417 combattants africains recensés dans le rapport, 14 sont présentés comme des Sénégalais. Sept décès ont été enregistrés, selon le document. Il s’agit de : Ng. Gaye ; M. Dieng ; M. Diop ; L. Diagne ; B. Ndiaye ; F. Faye.
L’un des pays africains les plus représentés est l’Égypte avec un contingent de 361 hommes pour 52 morts. Il est suivi du Cameroun avec 335 hommes pour 94 morts ; du Ghana avec 234 hommes pour 55 morts. En Afrique de l’Ouest, en sus du Ghana, le Mali reste l’un des premiers contingents avec un effectif de 51 éléments pour 15 morts ; suivi du Togo qui compte 18 membres pour 03 morts ; du Bénin avec 15 représentants, etc. La Gambie est aussi bien représentée avec 56 éléments aux côtés des combattants russes.
Mode opératoire des recrutements
Au total, ce n’est pas moins de 316 Africains tués au front dans les combats contre les Ukrainiens. Globalement, les Africains qui partent au front meurent très vite à cause de leur impréparation. “Le temps de service sous l’uniforme russe est révélateur du destin de chair à canon et du manque d'entraînement des recrues africaines avec une moyenne de 6 mois avant d’être tué au combat. Certaines recrues ne font qu’un mois avant d’être tuées (51 recrues), le service le plus long est de 19 mois, réalisé par un ressortissant égyptien et un autre de nationalité béninoise avant leur décès”, informe le rapport.
Mais comment ces Africains se retrouvent sur le théâtre des opérations ? Le processus de recrutement, selon les enquêteurs, consiste à obtenir un visa de touriste pour la Russie. Généralement, les candidats passent par des agences pour accomplir les formalités. Il y aurait même des agences de voyage qui proposent des procédures accélérées pour obtenir un visa pour la Russie en moins de deux semaines.
Le rapport a identifié plusieurs tactiques et dispositifs mis en place pour épater les jeunes africains en quête d’opportunités. Outre les agences de voyages créées dans certains pays, la Russie ferait aussi recours aux relais du Kremlin ; aux influenceurs et combattants qui sont utilisés pour attirer plus de candidats, au moyen de promesses alléchantes. Parmi les offres : des salaires de 2 200 / 2 500 USD, avec une assurance maladie incluse ; une naturalisation russe accélérée pour chaque candidat au bout de 3 à 6 mois de service ; une formation militaire de type forces d’élite en Russie ; entre autres.
Des combattants africains servant de chair à canon
Selon le rapport, la réalité est bien différente de ce tableau vendu aux candidats. “Les Africains capturés par les forces ukrainiennes durant des opérations livrent tous un récit similaire, évoquant un déploiement rapide après la signature d’un contrat d’engagement qu’ils n’ont pas lu puisque rédigé en cyrillique”, indique le document, qui rapporte que certains ont aussi été contraints de signer ces contrats et amenés de force au front.
Pour arriver à ces constats, Inpact a travaillé avec des contacts et le projet «Khachu Zhit/ I want to live». Dans ce cadre, il a pu obtenir plusieurs fichiers excel contenant des listes de recrues en Afrique, dont une qui enregistre les morts au combat, avec les filiations des différentes personnes, etc.
L’organisation est parvenue à vérifier ce fichier en identifiant les traces numériques laissées par les recrues de leur passage en Russie. Elle a pu en retrouver un nombre suffisant de personnes sur les réseaux sociaux affichant leur passage en Russie ou dans l’armée russe pour conclure que ces listings sont bien fondés.
Le silence des autorités sénégalaises
Il y a quelques mois, la vidéo virale d’un Sénégalais capturé par l’Armée ukrainienne au front avait largement circulé sur les réseaux sociaux. Mais depuis, aucune réaction sérieuse n’a été notée malgré les appels à l’assistance de ses proches.
A ce jour, l’un des rares pays africains à s’exprimer sur cette question, c’est le Togo. A la suite de la capture de quelques uns de ses citoyens, le pays avait réagi en soutenant que ces derniers étaient induits en erreur avec des promesses d’éducation et d’emploi. La Zambie avait aussi réclamé des explications sur un ressortissant mort au front alors qu’il était supposé être incarcéré dans les geôles russes.
Mor AMAR






