Publié le 31 Oct 2012 - 10:05
ABDOULAYE SOW, PRÉSIDENT COMMISSION JURIDIQUE FSF

 ''La démarche du PM n'est pas élégante''

 

L'élimination des Lions de la CAN 2013 continue d'agiter le foot sénégalais. Quatre membres de la Fédération sénégalaise de football (FSF) ont rendu le tablier suite à la sortie du Premier ministre. Abdoul Mbaye avait demandé au président de ladite structure, Me Augustin Senghor de démissionner. Et ce dernier, qui a refusé de se plier à la requête du PM, peut compter sur le président de la Commission juridique de la FSF, Abdoulaye Sow, qui juge ''inélégante'' la démarche du PM.

 

 

Comment appréciez-vous cette sortie du Premier ministre, Abdoul Mbaye, demandant à la Fédération sénégalaise de football de démissionner ?

 

À mon sens, sur le plan formel, c'est une simple demande qui n'a aucune valeur juridique. Elle n'a non plus de valeur injonctive. Le Premier ministre a estimé, peut-être sur les conseils du ministre des Sports, que la meilleure des solutions, c'était que la fédération se démette. Et nous, à notre avis, ni sur le plan réglementaire, ni sur le plan des valeurs démocratiques qui régissent le mouvement sportif, rien ne doit présager une telle situation. Parce que si démission il devait y avoir, ce serait devant une Assemblée générale formée par les clubs, les ligues et par les organismes affiliés à la Fédération sénégalaise de football (FSF). Nous pensons que c'est provoquer une crise qui n'est pas dans l'intérêt du football national. Nous pensons que si l'État a toutes les explications sur cette question, elle saura en tirer toutes les conséquences pour que le monde du football soit stable. Il n'y a pas de grande difficulté dans le fonctionnement de la Fédération, le championnat se joue normalement. Aujourd'hui, l'équipe féminine cadette est qualifiée à la Coupe d'Afrique, l'équipe nationale junior, il y a un an, s'est qualifiée pour la première fois à la CAN ; pour la première fois aussi le Sénégal a participé aux Jeux olympiques avec une place de quart de finaliste. Sur le plan de la formation, les entraîneurs subissent régulièrement des séances de formation leur permettant de se mettre à niveau, le Centre de développement technique de Toubab Dialao va bientôt être inauguré.

 

Donc vous n'approuvez pas sa démarche ?

 

Je trouve qu’elle n’est pas élégante, même si elle peut se justifier. C'est-à-dire que le Premier ministre peut penser que, dans les intérêts de l’État, voilà ce qu’il faut. Il en a la prérogative, il en a la possibilité, mais ce n’est pas un pouvoir injonctif, c'est-à-dire qu’il ne peut pas donner une injonction à la fédération. Ce serait contraire aux textes de la Fédération, contraire aux textes de la Caf (Confédération africaine de football) et contraire aux textes de la FIFA (Fédération internationale de football association). Là, c’est un texte et nous avons pensé que ce conseil n’était pas dans l’intérêt du football sénégalais à l’heure actuelle.

 

 

''C’est une entreprise de déstabilisation systématique de la fédération''

 

 

Est-ce qu’il ne fragilise pas votre structure ?

 

Évidemment ! C’est une entreprise de déstabilisation systématique de la fédération. Mais, cela n’est pas dans l’intérêt de l’État. Cela n’est pas dans l’intérêt du football sénégalais. J’ai la ferme conviction que le Premier ministre ne dispose pas de tous les éléments d’appréciation et c’est notre rôle de lui montrer qu’il s’est trompé et qu’il s’est trompé de bonne foi.

 

Est-ce que ces quatre démissions ne fragilisent pas la fédération ?

 

Quand on est 23 et que 4 quittent, il y a évidemment quelque chose. Mais, il est prévu dans nos textes que celui qui quitte est immédiatement remplacé.

 

Et si l’État allait dans un bras de fer pour vous contraindre à démissionner ?

 

Si l’État s’entête à nous faire démissionner, ne démissionneront que ceux qui ont pris la décision de démissionner. En tout cas, je ne suis pas dans cet état d’esprit.

 

Si on vous comprend, vous soutenez Me Augustin Senghor qui a refusé d'accepter la requête du PM ?

 

C’est formel ! Je ne quitterai que lorsqu’Augustin Senghor quittera. Cela est clair dans ma tête. Mais, j’estime que si même tout le monde partait, ce serait un danger. Regardez l’article 17 des statuts de la FIFA sur le site. Il interdit toute forme d’ingérence d’un tiers dans les affaires de la Fédération. Et l’alinéa 4 dit que la FIFA ne reconnaît en aucun moment une instance non élue ou non nommée tel que les textes de la FIFA le stipulent. Donc à ce niveau, c’est clair. L’article 17 des statuts de la FIFA n’entend pas des structures d’exceptions. Des structures d’exceptions peuvent être acceptées de commun accord. L’État et la Fédération peuvent avoir un accord et aller devant la FIFA. Dans ce cadre, la FIFA agrée mais l’État, lui seul, ne peut pas parler devant la FIFA, il n’est pas l’interlocuteur de la FIFA. Et cela risque de plonger le football sénégalais dans une crise sans précédent.

 

 

''Si on viole ces principes démocratiques, il faudra avoir peur pour toutes les institutions de ce pays''

 

 

Si on comprend bien, il y a des sanctions qui guettent le Sénégal ?

 

Évidemment ! Mais nous, tous, travaillons à ce que ces risques soient le moins visibles possible parce que ce n'est l'intérêt de personne. Nous ne nous agrippons pas à rien pour nuire au football sénégalais. Nous pensons qu'il faut préserver les intérêts matériels et moraux du football sénégalais qui nous ont été confiés par une Assemblée générale formée par les clubs, les ligues et les autres organismes. Donc pourquoi démissionner puisque dans six ou sept mois nous devons aller aux élections démocratiques ? Pourquoi donc les gens n'attendent pas ces élections ? Et si Me Augustin Senghor ne répond pas aux attentes du football sénégalais, l'Ag le sanctionnera négativement. C'est ça le principe démocratique. Et si on viole ces principes démocratiques, il faudra avoir peur pour toutes les institutions de ce pays.

 

Mais certains membres démissionnaires ont dit que la Fédé n'est pas étrangère à une série d'échecs de l'équipe nationale A...

 

Évidemment, la Fédération ne peut pas dire qu'elle est exempte à 100% de reproche, aucune fédération au monde n'est exempte de reproche dans ce genre de situation. Le Cameroun a été éliminé par le Cap-Vert et c'est la deuxième fois que ce pays ne participe pas à une Coupe d'Afrique. Mais est-ce à dire que la Fédération doit démissionner ? Toute la gestion du football ne se limite pas à l'équipe nationale A. Si une équipe a été mise en place, c'est autour de différents objectifs : il y a les petites catégories, le foot féminin, le Beach soccer, il y a les infrastructures qu'il faut entretenir, la formation qu'il faut encadrer, la prise en charge technique, le football local, les entraîneurs locaux... Donc, on ne peut pas dire que la Fédération a échoué sur tout cela. Au contraire, la Fédé est partie d'un état de non existence du football sénégalais à un état plus reluisant. Le seul para-choc a été l'équipe nationale A. Donc cela ne peut être l'objet de démission d'autant plus le foot est en train de se jouer régulièrement au Sénégal.

 

Comment sortir de cette impasse ?

 

L'essentiel aujourd'hui, c'est que la famille du foot se retrouve autour de l'équipe nationale et de notre football. Nous sommes délégataires de pouvoir et nous sommes dans l'obligation de nous entendre avec le pouvoir étatique. Mais ça, c'est une entente politique et par conséquent nous devons tous converger vers un effort commun. L'État doit comprendre les textes sur lesquels se fonde la Fédération et qui sont des statuts du Droit interne et du Droit international à travers les statuts de la FIFA et de la CAF. Donc, nous devons éviter à notre pays des sanctions lourdes et inutiles pour simplement des batailles internes. Je pense que l'État comprendra notre démarche qui n'est nullement une défiance ou une remise en cause de son autorité...

 

ADAMA COLY

 

 

 

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