Publié le 27 Mar 2014 - 05:28
APRES LES VICTIMES PRESUMEES DE HABRE

 Des journalistes, victimes vraies des avocats de Habré

 

Maîtres,

Dans l’aisance reposante que vous offre la doctrine du silence qui est la vôtre pour défendre votre client, vous accusez un groupe de journalistes sénégalais d’être des mercenaires en service commandé et ayant pour mission d’établir dans l’opinion la culpabilité de monsieur Hissein Habré.

Vous nous accusez également d’avoir violé les règles éthiques et déontologiques de notre profession, le journalisme, en ignorant les principes élémentaires d’équilibre qui l’assoient. Pour étayer votre « argumentaire » contre les journalistes embedded, séjournant et/ou ayant séjourné au Tchad dans le cadre de la 3e Commission rogatoire internationale sur l’affaire Habré, vous proférez à notre égard insultes, menaces et traduction éventuelle devant le tribunal de nos pairs. Nous passons sur les erreurs, confusions et contrevérités flagrantes d’un torchon inutile qu’un service de communication très moyennement informé et compétent aurait pu vous épargner.

Maîtres,

Dans cette affaire si compliquée à tous les niveaux eu égard aux enjeux en…jeu, nous n’avons que notre plume pour tenter d’informer les opinions à partir de ce qui nous est accessible comme « informations » dignes d’intérêt. « Tenter » car il nous semble évident, à nous qui sillonnons le terrain du dossier, qu’il existe de réelles difficultés à toujours distinguer le bon grain de l’ivraie, c’est-à-dire la « vérité » du « mensonge ».

Ce n’est point une surprise car, vous le savez sûrement, nous ne faisons pas le même métier, vous avocats, et nous journalistes. Il y a donc des choses que vous ignorez naturellement dans le boulot qui est le nôtre. Votre crédibilité n’en aurait pas subi un si grand coup si vous n’aviez pas pris le risque de nous insulter sur la place publique.

Maîtres,

Ce n’est pas parce que vous avez obtenu une situation de rente confortable à travers une sorte de contrat à durée plus ou moins (in)déterminée avec monsieur Hissein Habré qu’il faille que vous vous convainquiez que les journalistes qui se sont déplacés au Tchad pensent forcément argent comme vous salariés de votre cause, jusqu’à tomber dans le mercenariat.

Si vous connaissiez la moralité de chacun de ces journalistes, et si vous étiez de bonne foi après vous être éloignés un tout petit peu du cercle vicieux de l’obligation absolue de résultats qui semble vous avoir transformés en otages de votre client, vous nous présenteriez des excuses.

En parlant de moralité, sachez juste que des journalistes savent toujours quelque chose sur tout le monde… Au moment où vous nous insultez, vous avez pourtant avec vous et pour vous, depuis longtemps, des journalistes (et des intellectuels) qui défendent publiquement et courageusement Hissein Habré. Vous les qualifieriez de vendus de votre cause ? Nous, non.

Maîtres,

Deux réalités s’imposent à vous. La première est que nous n’avons absolument rien contre le Président Hissein Habré. Nous avons certes une opinion politique et morale globale de cette affaire, mais ce qui prime en nous, c’est la nécessité et le devoir d’informer, pas de former ou de formater des opinions en perspective d’un éventuel procès.

La seconde réalité que vous êtes condamnés à supporter, c’est que vos insultes publiques à notre égard ne nous empêchent pas de faire le travail que nous estimons être le nôtre, ne vous y trompez jamais ! Votre choix du silence à l’étape actuelle de la procédure de l’affaire Habré ne nous lie pas car, encore une fois, nous ne faisons pas le même métier que vous. Vous êtes en quelque sorte dans la communication, nous sommes dans l’information, avec nos défauts et nos manquements, le tout dans la bonne foi.

Pour vous rassurer, maîtres, nous prenons le maximum de précautions. Il arrive sans doute que nous nous trompions, c’est évident. Mais vous, que nous apportez-vous en termes d’informations sur l’affaire Habré ? Depuis Mathusalem, vous rabâchez la même rhétorique que des enfants du cycle primaire ont fini par mémoriser, avec les mêmes mots, phrases, tournures, expressions. Or, vous pensez bien que les journalistes ont besoin d’un peu plus que de ce minimum syndical…

Voyez-vous, il est bien possible de dire tout ce que l’on peut ressentir comme frustrations ou mécontentement sans tomber dans le ridicule de l’insulte facile et de la caractérisation non aboutie. Nous croyons vous avoir répliqué sans que vos pères et mères, fils et filles, cousins et cousines qui vous suivez dans vos activités d’avocat aient la terrible impression que vous êtes l’objet d’insultes publiques. Si vous êtes capables de nager dans les caniveaux parce que vous estimez que la fin justifie les moyens, nous vous en souhaitons bon courage !

Là, nous avons maintenant la conscience tranquille de nous être adressé à vous, en journalistes libres et indépendants, incorruptibles et dignes, aux antipodes de vos insultes et insinuations. Vous ne nous connaissez pas ! Nous ne sommes pas ce que vous dites que nous sommes. Mais vous, maîtres, vous êtes désormais ce que nous pensons que vous êtes… Et désolés, ça n’est pas forcément à votre avantage.

Malgré tout, respectueusement !

MOMAR DIENG

Journaliste-reporter

Rédacteur en chef du quotidien EnQuête.

 

NB : Ce texte a été écrit d’un trait, sur le petit bureau du siège 21D de la compagnie Ethiopian, le lundi 24 mars 2014, entre 8h30 et 10h temps universel sur la liaison Addis Abeba-Bamako.

 

 

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