Publié le 7 Mar 2012 - 13:06
CHRISTOPHE TARDY - VIDEOGRAPHISTE

''Au départ, je n’avais que mon matelas et ma caméra''

 

Christophe, tu viens de finir la vidéo d’Abdou Guité Seck sur la chanson ''Ndèye Sokna''. Les Sénégalais te connaissent de plus en plus maintenant…

 

 

Oui, mon nom est connu pour les clips que j'ai réalisés pour ''Mbëgel'' de Daby, ''Jërëjëf'', ''Femme objet'', ''Sama xel'', ''Mbëgel'', ''Ma Djinn'', ''Cool'' et ''Afrik for Haïti'' de Coumba Gawlo, ''Manayla'', ''Confiance'' et ''Takk tayle'' de Alioune Mbaye Nder, ''Ayo Néné'' d'Abdou Guité Seck. Pour la publicité, je suis appelé dans différents pays comme la Côte d'Ivoire, le Cameroun, le Congo et le Sénégal, bien sûr. Cinékap, ma société, continue aujourd'hui sans moi ou alors simplement j’y suis comme réalisateur. Omar Sall dirige la société de main de maître, les contacts, les projets publicitaires et cinématographiques avancent bien. Moi, je continue mon chemin. Je vais là où on m'appelle, mais je vais surtout là où j'ai envie d'aller. J'essaye de maîtriser mon chemin et de lui donner la direction qui m’intéresse.

 

 

Que penses-tu de la réalisation de vidéo au Sénégal, aujourd'hui ?

 

Je trouve qu'elle a beaucoup progressé, que ce soit en clip ou en publicité. Il y a de plus en plus d'initiatives et de volonté créative. Que ce soit conceptuellement parlant ou au niveau de la réalisation pure. L'évolution technique a contribué à l'évolution de la qualité d'image. Mais attention, ce n'est pas le matériel qui fait un film. Le tournage et le montage "ne sont que" la concrétisation d'un travail en amont, une réflexion, une initiative créative, etc.

 

 

Et comment mène-t-on cette réflexion et sur quelle base artistique ?

 

Si je répondais à cette question, ça voudrait dire qu'il y a une recette pour réaliser. C'est justement que la réflexion, les idées, la volonté créative sont tellement infinies et dépendent tellement de la sensibilité des uns et des autres qu'il n'y a pas de base. A ce niveau, les idées, la sensibilité et aussi le montage font la différence. Il y a avant cela aussi, la matière d'engranger lors du tournage. Tout cela dépendra aussi de ce qu'on aura imaginé au départ et comment le construire. Car un clip - si on parle de clip - ne doit pas être, à mon sens, un amalgame et une suite de plans aussi beaux soient-ils. Il doit y avoir une construction même s'il n'y a pas de scénarisation.

 

 

Et si tu parlais de tes tournages et l'artiste qui t'a le plus exigé professionnellement ?

 

Je suis toujours épuisé quand je tourne et je l'ai été parfois plus en publicité qu'en clip. Une femme sur un tournage provoque plus de maquillage, de stylisme, de coiffure ; donc ce fut, par exemple, plus long avec Coumba Gawlo qu'avec Alioune Mbaye Nder ou Abdou Guité Seck, forcément. Ce sont des hommes. La rigueur, j'essaie de l'appliquer et je ne regarde pas la rigueur de l'autre, mais la mienne. Les artistes avec qui j'ai travaillé sont très professionnels et m'ont beaucoup fait confiance. Ce que j'ai apprécié.

 

 

Combien de pays fais-tu dans l'année en général ?

 

Je travaille dans 4 pays, le Sénégal, le Cameroun, la Côte d'Ivoire, le Congo et quelques contacts en France pointent le nez...

 

 

Et côté rémunération ?

 

La rémunération ? Je ne me plains pas, mais j'ai tellement galéré pour arriver là où je suis que je pense mériter ce que je gagne aujourd'hui. Mais, je te rassure, c'est loin d'être excessif...

 

 

Quelle était cette galère ?

 

Je suis parti de rien lorsque je suis arrivé au Sénégal. Au début, je n’avais que mon matelas par terre et ma caméra. Pour vivre, je filmais des touristes en excursion. Et comme je suis très mauvais commercial, j'ai mis du temps à avancer. Les gens sont venus vers moi et j'ai toujours réussi à gagner leur confiance et à les fidéliser. Les galères que j'ai vécues sont tellement nombreuses que si je te les raconte, ton journal fera 800 pages (rires). Cela a été dur, pendant 8 ans, de 1993 à 2001. Ensuite, j'ai commencé à sortir la tête de l'eau. Ce fut progressif de 2001 à 2003 grâce à une pub que j'avais faite pour une TV Plano, avec un gamin qui dessinait une télé sur une feuille de dessin. Certains pensaient que cette publicité était faite en France et les agences ont commencé à m'appeler.

 

 

Quelle est la plus grosse facture que t'as empochée avec la pub ?

 

Une publicité pour un opérateur téléphonique. Nous avions fait le tour du Sénégal pour parler du réseau. Mais une grosse facture ne veut pas dire qu'on gagne plus d'argent. C'est simplement que le spot nécessitait une grosse production avec beaucoup de monde et beaucoup de déplacements. Mais, cela n'a rien changé pour moi, personnellement.

 

 

Tu es présentement à Abidjan (entretien réalisé via Skype). Comment se passent les choses là-bas, après la guerre postélectorale ?

 

La population ivoirienne ne veut que la paix, comme toutes les populations. Lorsque le climat s'est apaisé, dans la minute qui a suivi, les gens ont recommencé à vivre dans la sympathie et la motivation. Les marchés fonctionnent à nouveau.

 

 

Y a-t-il une différence d'approche avec le Sénégal sur le plan de la vidéo en communication et en publicité, en particulier ?

 

Aucune différence, la recherche de petits budgets, délais trop courts, etc.

 

 

Que suggères-tu pour améliorer le secteur ?

 

Que le monde de la publicité comprenne qu'il faut une organisation différente de celle qui existe actuellement pour évoluer. Il faut une organisation basée sur l'échange plutôt que sur la hiérarchie.

 

 

Quel regard portes-tu sur les télévisions sénégalaises ?

 

Il y a une chose qui est positive, c'est la multiplication des chaînes. L'autre revers de la médaille, c'est forcément le contenu. Plus il y a de chaînes, plus il faut produire des émissions. Il est presque plus facile d'ouvrir les chaînes que de faire des programmes. On ressent un peu ce problème. Elles devraient plus s'impliquer dans la production en accueillant des productions extérieures, car il y a des gens qui ont des idées et la volonté de produire. Les chaînes devraient être là pour motiver ces productions tout en ayant un œil sur la qualité de celles-ci. Là, on rentre dans un problème de politique et de volonté des chaînes. Je me limiterai à dire qu'il faut plus de complémentarité et de partenariat entre les chaînes et les producteurs. Tout le monde n'a-t-il pas intérêt à voir le contenu s'améliorer ? Le spectateur regardera plus, l'annonceur communiquera plus, la chaîne évoluera plus et les producteurs travailleront plus. A Abidjan, c'est un peu l'inverse, il n'y a que deux chaînes, mais les émissions commencent à apparaître.

 

 

Que dis-tu de l'élection présidentielle sénégalaise et ses deux tours ?

 

Que le Sénégal garde son âme démocratique, que le peuple choisisse !

 

PAR PA ASSANE SECK

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