Publié le 15 Apr 2025 - 16:15
DES COOPÉRATIVES COMMUNALES AUX COOPÉRATIVES COMMUNAUTAIRES ET PRODUCTIVES

LE TÂTONNEMENT ET LES ERREMENTS CONTINUENT

 

J’avais initialement prévu, en tant qu’expert en la matière, de publier un article de fond sur les coopératives au Sénégal et sur les orientations prises dans ce secteur par les nouvelles autorités du pays. Mais j’ai finalement décidé de mettre ce projet en suspens, afin de ne pas contribuer davantage à leur fourvoiement. En effet, leur approche consiste à mettre en œuvre des initiatives mal comprises et mal maîtrisées, à grand renfort de slogans creux mais séduisants pour le commun des Sénégalais, généralement peu informés sur le sujet.

Dans un article précédent, j’avais déjà dénoncé l’hérésie que représentait la mise en place de « coopératives communales ». Depuis lors, cette appellation semble avoir été mise en veilleuse, au profit d’un autre concept tout aussi erroné sur le plan coopératif : celui de « coopératives communautaires et productives ».

Or, une coopérative regroupe des personnes ayant des intérêts communs à défendre et des objectifs similaires à atteindre ensemble. À l’inverse, une communauté est un conglomérat d’intérêts souvent divergents, voire contradictoires. Elle réunit différents corps de métiers et couches sociales : artisans, agriculteurs, éleveurs, commerçants, prestataires de services, mais aussi chômeurs, pauvres, classes moyennes, riches, hommes, femmes, jeunes, personnes âgées, etc.

Des coopératives structurées par corps de métier ou par catégorie sociale (femmes, jeunes, etc.) ont du sens et sont cohérentes. En revanche, l’expression « coopérative communautaire et productive » est une construction sans fondement, ni juridique, ni sociologique, ni économique.

Le qualificatif « productive » est par ailleurs superflu : une coopérative est, par définition, une unité économique soumise aux exigences de rentabilité et de profitabilité. Quelle que soit sa nature, elle doit être en mesure de produire de la valeur, de façon à répondre aux besoins de ses membres.

Ce concept de « coopérative communautaire et productive » ne repose donc sur rien d’autre qu’un slogan séduisant, mais vide de sens.

Les nouvelles autorités doivent faire preuve d’humilité et d’honnêteté intellectuelle. Elles gagneraient à se mettre à l’écoute de ceux qui maîtrisent réellement les enjeux dans chaque domaine.

Elles doivent, pour commencer, abroger ou adapter la législation en vigueur — notamment la loi 83-07 et ses décrets d’application — afin de la rendre conforme aux textes de l’UEMOA et de l’OHADA en matière coopérative. La législation communautaire parle désormais de sociétés coopératives, et non simplement de coopératives.

Pour conclure, rappelons une vérité fondamentale : les coopératives sont des sociétés de personnes autonomes, gérées exclusivement par leurs membres-usagers dans une économie de marché. Si ce principe n’est pas respecté, il ne s’agit pas de coopératives. Ce ne seront alors que des excroissances de l’État, de ses démembrements, ou d’intérêts politiques et clientélistes — des structures vouées à capter des financements publics pour des groupes de pression, et non à servir les populations.

Et comme par le passé — souvenons-nous des coopératives dites « socialistes » sous les présidences de Léopold Sédar Senghor et d’Abdou Diouf — ces expériences finiront, inévitablement, en échec cuisant.

Nul besoin de grandes théories pour le démontrer !

Dakar, le 14 avril 2025

Youssou Diallo

Expert en coopératives

Président du Club Sénégal Émergent

Section: 
PAYER LA BOURSE, STABILISER LE CALENDRIER UNIVERSITAIRE La réforme de l’enseignement supérieur et le défi du service public
Pour un Nouveau Modèle Pédagogique des Programmes d’Enseignement dans les Universités et des Instituts Supérieurs de Formation au Sénégal.
Le bruit autour de la fresque de Papa Ibra Tall à Thiès ne valait pas la peine
L’affaire Doudou Wade ou la frontière mouvante entre la parole politique et l’ordre public
La restructuration de la dette publique est-elle une solution face à la crise de l’endettement ?
NÉCROLOGIE : Christian Valantin : mémoire de notre histoire institutionnelle et diplomatique et emblème de l’unité culturelle du Sénégal
DIOM, FOULLA AK FAYDA : L’ADN immuable du sport sénégalais
CAN 2025 : Puisse la communion durer...
LETTRE OUVERTE AU PRÉSIDENT DE LA FIFA Finale de la CAN 2025 : Quand l’impartialité devient un impératif politique mondial
SENEGAL–MAROC : Héritage commun, destin solidaire au-delà des rivalités sportives
“Zéro talibé mendiant dans la rue’’ : objectif inatteignable ?
MAROC - SENEGAL : Quand la politique tue le football !
L’île de Gorée est un lieu de révolte, de liberté et de dignité, mais pas seulement un site de mémoire victimaire de l’esclavage
PROTÉGER LE PATRIMOINE MANDINGUE Un enjeu stratégique pour l’influence culturelle du Sénégal en Afrique de l’ouest tique culturelle peut véritablement faire sens. Culture, narratifs et influence à l’ère du numérique et de l’IA
Lettre ouverte à Monsieur Amadou BÂ, Ministre de la Culture du Sénégal
Notre souveraineté à l’épreuve de la dette
LIVRE - PAR TOUS LES MOYENS : Dix voix féminines sur le monde
La politique de l'oubli et la défiguration urbaine : Une analyse historique des blessures de Dakar
Attention, nous sommes sur une pente glissante
Piratage massif des Impôts et Domaines : Le pire arrivera si l’État ne fait rien