Publié le 13 Dec 2024 - 11:49

Eviter le scénario chilien !

Il aura fallu trois ans, un peu plus de 1000 jours, à partir du 3 mars 2021, date de l’arrestation d’Ousmane Sonko dans le cadre de la cabale liée à l’affaire Sweet Beauty jusqu’au 24 mars 2024, jour de la victoire électorale du PASTEF à la dernière présidentielle.

Pour le camp patriotique et anti-impérialiste, il s’agit du premier jalon d’une révolution démocratique et citoyenne, alors que pour les adeptes de la continuité néocoloniale, ce n’est qu’une alternance de plus, après celles de 2000 et 2012.

Plus de huit mois après l’accession du duo Diomaye – Sonko au pouvoir, une grande incertitude règne au niveau de la scène politique.

Certes, le nouveau régime peut se targuer d’une grande légitimité avec deux succès électoraux, exceptionnels, d’autant plus remarquables, que contrairement aux alternances précédentes, il a posé des actes forts et envoyé des signaux sans équivoque d’une volonté politique de rupture radicale.

Le maintien du même pourcentage de suffrages populaires aux deux consultations électorales (entre 54 et 55%), qui constitue une première depuis l’alternance de 2000, milite non seulement pour l’échec de l’intense campagne de désinformation de l’Opposition (qui leur reprochait pêle-mêle non-respect des promesses électorales, reniement et absence de ruptures), mais aussi pour une adhésion réelle au nouvel agenda patriotique.

Néanmoins, on a observé un net fléchissement du taux de participation passant de 61,30% à 49,72% entre la présidentielle et les législatives, pouvant signifier un déficit d’enthousiasme populaire, voire d’appropriation des nouveaux paradigmes, face à l’immense challenge de la transformation systémique.

Ce début de démobilisation pourrait être dû à plusieurs facteurs.

Il y a un manque d’unité idéologique du camp patriotique, regroupant différentes chapelles, allant des domu daara, adeptes du conservatisme social aux panafricanistes, en passant par les marxistes purs et durs, qui continuent d’ailleurs de revendiquer la tenue du 1er Congrès du PASTEF. Cette exigence est d’autant plus pertinente, qu’on a pu se rendre compte, au gré des différentes alternances, de l’effondrement spectaculaire, (du fait, entre autres de la transhumance et du manque de démocratie interne) des différentes formations politiques, qui se sont succédé au pouvoir, depuis notre indépendance formelle, le dernier exemple en date étant l’Alliance pour la République, que le président Macky Sall a obstinément refusé de structurer.

Le PASTEF, lui, aurait tout à gagner, sous peine d’implosion, à édifier un front organisé, en permettant aux diverses sensibilités en son sein, de s’exprimer librement et de gérer leurs contradictions non antagoniques, en toute démocratie.

Même si le nouveau régime se réclame du patriotisme et du souverainisme, qui peut servir de socle commun à plusieurs couches sociales de notre pays, il n’en est pas moins vrai, qu’on note l’absence d’option idéologique tranchée, ce qui est habituel pour la majorité des partis taxés de populistes, qui cherchent à ratisser large.

Certains observateurs et militants révolutionnaires ne cessent d’alerter sur les dangers du cocktail explosif que constituent le retard à satisfaire la demande sociale et les atteintes aux libertés, notamment celles d’expression et de manifestation.

Il est vrai, que l’ascension politique fulgurante du PASTEF et de son leader charismatique s’explique, pour beaucoup, par son positionnement dans le combat contre la mal-gouvernance et pour l’instauration de la justice sociale, y compris celle fiscale. Néanmoins, en l’absence de plan détaillé précisant les objectifs, stratégies et les couches sociales cibles au service desquelles, le régime entend œuvrer, ces belles résolutions restent souvent des vœux pieux.

C’est ce qui est arrivé, il y a un peu plus de cinquante ans au Chili, quand Salvador Allende, à la tête d’une Coalition de partis de gauche, remporta les élections présidentielles, le 4 septembre 1970, avec l’ambition d’instaurer un régime anti-impérialiste, en maintenant le cadre institutionnel d’une démocratie libérale. Trois ans plus tard, presque jour pour jour, le 11 septembre 1973, (les 1000 jours de l’Unité Populaire), après de multiples tentatives de déstabilisation, dont la célèbre grève des camionneurs, financée par la CIA, sans oublier les surenchères de l’extrême gauche, Allende fut renversé avec le soutien ouvert du gouvernement américain.

Si nous avons évoqué l’exemple chilien, c’est que le camp patriotique africain en général et sénégalais peut s’en inspirer, pour éviter de commettre les mêmes erreurs.

Pour ce qui concerne notre pays, l’agenda de transformation systémique doit prendre en compte plusieurs facteurs, notamment la nécessité d’une forte alliance, avec les classes et couches sociales subissant de plein fouet les affres de la crise du système capitaliste et la refondation institutionnelle de fond en comble, telle que l’avaient amorcée les initiateurs des Assises Nationales.

Seule une démocratie participative bien comprise, avec l’éclosion des droits et libertés, permettra aux masses populaires de s’approprier de la nouvelle démarche patriotique et de s’investir pour sa pérennisation, au-delà des 1000 jours fatidiques.

NIOXOR TINE

leelamine@nioxor.com

 

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