Publié le 27 Jun 2012 - 15:41
FABIENNE FÉLIHO À CŒUR OUVERT

''Abdoulaye Wade ne respecte personne''

 

Dans son appartement de la Place de l’indépendance, l'ex-miss Sénégal Fabienne Féliho s'est lâchée, expliquant à EnQuête les raisons de la création du concept «Wade shut-up». Sans oublier ses rapports heurtés avec son ex-mari ainsi qu'avec Lamine Faye, le body-guard de l'ancien président de la République.

 

Pourquoi avoir annulé les marches que vous avez initiées et qui devaient se tenir les 16, 17 et 18 juin passés ?

On a fait un communiqué de presse pour annoncer cette marche mais après réflexion, on s’est dit qu’on ne voulait pas faire comme tout le monde. Cela allait non seulement engendrer des dépenses, mais aussi fatiguer des gens qui n’ont que le week-end pour se reposer et rester près de leur famille. On a voulu être plus proche du peuple. On est allé voir différentes couches de la société dont les marchands ambulants et on leur a parlé. On leur a fait comprendre qu’Abdoulaye Wade n’a plus droit à la parole et qu’il doit se taire. C’est le concept de cette campagne dénommé «Wade shut-up» (Wade, tais-toi). Pour faire passer ce message-là, on n’avait pas besoin d'une sono où de dépenser de l’argent car les populations souffrent assez déjà comme ça ! Le peuple a plus besoin qu’on soit à ses côtés en lui tendant la main.

 

Vous avez été à quels endroits précisément ?

Nous avons été à la plage. Nous avons sillonné Ponty, la Place de l’indépendance, Yoff, Médina et Almadies. On est aussi passé dans certaines écoles où il y avait des manifestations et on a distribué des tee-shirts.

 

Sur quelle philosophie repose «Wade shut-up ?

Vous savez, l’ancien président de la République du Sénégal, monsieur Abdoulaye Wade, s’amuse à vouloir occuper les devants de l’actualité. Alors, «Wade shut-up», c’est juste un cri du cœur d’une citoyenne normale qui a eu le courage de matérialiser un tel concept en le mettant sur des tee-shirts juste pour dire à Wade de se taire. Ce que pense la majeure partie des Sénégalais, même s’ils ne le disent pas. Il n’est plus aux destinées de ce pays, il doit donc laisser le nouveau régime travailler tranquillement. Il doit aller se reposer. Il est qui pour menacer les gens et dire que les législatives ne vont pas se tenir ? A chaque fois qu’il sort dans les médias, c’est soit pour défendre ses anciens ministres afin que les audits n’aient pas lieu, soit pour défendre sa famille, soit pour défendre des droits matériels. Cela m’a choqué.

 

 

«Wade ne nous montre pas qu’il a 90 ans. Il ne respecte personne»

 

L’expression shut-up n’est-elle pas irrévérencieuse à l'endroit d'un ancien président ?

Non, je ne pense pas. Cela dépend. Chacun a sa sensibilité. Ce qui me plaît aujourd’hui, c’est que j’ai pu sortir un slogan pareil en disant shut-up pour que ça choque justement. Je n’ai pas dit shut-up pour insulter le président Wade car il est quelqu’un qu’on doit respecter. Cependant, on ne sait plus où aller avec lui. Je me demande aussi pourquoi je devrais mâcher mes mots pour parler à cette personne en sachant qu’une seule chose la préoccupe : sa famille. Il a quand même pillé les biens de l’État. Il ne nous montre pas qu’il a 90 ans. Il ne respecte personne.

 

Vous dites ailleurs vouloir être député hors de l’hémicycle. Ça veut dire quoi ?

Toutes les personnes faisant de la politique ont un but bien déterminé au début, mais après, tout change. Quand on veut lancer des messages forts et rester proche du peuple, on ne va pas se ruer sur des listes. Le vrai député, c’est le peuple. Et je peux bien être député hors de l’hémicycle. J’ai toujours été proche du peuple.

 

Pourquoi n’avez-vous pas intégré une liste ? Ce n'était pas plus facile ?

J’ai été contactée par des gens pour ça. Malheureusement, je ne me voyais sur aucune des listes qui m'étaient présentées. Vous savez, il y a tellement de rush et un peu trop de candidats ! J’ai préféré me retirer et être proche de mon peuple en faisant des œuvres caritatives. En lieu et place de l’Assemblée nationale où je pourrais être loin de ce peuple que j’aime tant, avec un salaire de deux millions de francs Cfa et une voiture climatisée. Je ne veux pas aussi donner l’impression à ce peuple qui souffre que tous ceux qui gueulent doivent être à une place bien déterminée pour porter la voix du peuple. Aussi, les gens sont calculateurs. Moi je ne réagis que lorsque le peuple a des problèmes. Je ne peux pas me taire quand je sais qu’il y a des gens qui sont condamnés à payer le loyer pendant toute leur vie alors qu’il y a un groupuscule qui a fondé sa fortune en volant ! Je ne saurais me taire. Je suis une mère de famille comme tant d’autres et je me soucie de l’avenir de ma fille.

 

 

«Ce que les gens racontent sur moi ne m'intéresse pas»

 

Quelles listes de coalition ou parti vous ont contactée ?

Je ne pourrais pas dire exactement qu’on m’a contactée. Il y a juste des gens qui m’ont dit qu’ils me verraient bien à l’Assemblée nationale. Je pense qu’au début, je devais être dans un groupe de personnalités de la société civile qui pensaient pouvoir entrer à l'hémicycle. Parmi eux, il y en a qui ont fini par se caser quelque part et ne sont donc plus proches du peuple. Il y en a qui sont sur la liste de Benno Bokk Yaakaar et d’autres qui sont partis. En ce qui me concerne, je ne suis allée voir personne pour être intégrée dans telle ou telle liste de candidats députés.

 

Vous pensez que les Sénégalais vous prennent au sérieux ?

Ben, oui. Je pense que si Wade est parti, ce sont des gens comme moi qui se sont battus pour cela. Je ne pense pas un seul instant qu’une personne ne puisse pas me prendre au sérieux. A la limite, c’est même une insulte. Le peuple a besoin de gens comme moi qui parlent pour lui. Si aujourd’hui deux ou trois personnes me reconnaissent dans la rue, c’est qu’à un moment donné, j’étais au devant de la scène avec les événements du 23 juin. Les Sénégalais aiment les gens courageux mais ne sont pas courageux.

 

Parlant du 23 juin, on vous a vue à la Place Soweto. Mais vous donniez l’impression d’être plus une spectatrice qu'une actrice en allant vous asseoir sur un balcon.

(Elle coupe). Les gens qui ont dit ça ne sont pas honnêtes. C’est le 23 juin que j’ai connu Macky Sall. Il y a eu de la violence ce jour-là. Alioune Tine a été agressé. Et quand on a voulu le mettre à l’abri, on l’a amené dans la maison d’où l’on vous dit que j’étais perchée au balcon. Avant de rentrer dans cette maison, il fallait avoir d’abord le courage de venir à la place Soweto. Si les mauvaises langues disent que je suis venue pour rester à l’intérieur d’une maison, je dirais que la majeure partie des gens présents là-bas sont des peureux. Je suis l’une des rares personnes à avoir manifesté jusque devant les grilles du Palais de la République. Quand j’y allais, les jeunes de l’UJTL étaient déjà là-bas. Ce que les gens racontent sur moi ne m’intéresse pas. Ce qui m’intéresse, c’est de poser des actes courageux. Je refuse même de vivre dans un luxe insolent. Je vis le plus simplement possible. Il y a des gens qui n’osent pas marcher seul dans la rue. Moi quand je sors, ce sont des centaines de personnes qui viennent vers moi. Je prends le temps de les écouter, de les caresser et de les consoler.

 

Quand vous étiez mariée à Mansour Guissé, vous faisiez beaucoup d’œuvres caritatives. Où en êtes-vous aujourd’hui ?

Le partage, c’est dans nos traditions et des Sénégalais font cela tous les jours en douce. Il y a des choses que je fais et que je ne peux pas dire. Je viens de créer mon association qui s’appelle «L’élan» qui va s’occuper de la formation des femmes. Au Sénégal, chacun veut avoir de l’argent pour faire telle ou telle chose alors qu’on n’est pas formé à cela. Je veux ouvrir également une école de mannequinat. On pense aussi à monter un groupe de presse.

 

 

«Le vrai député, c'est le peuple»

 

Avec votre ex-mari, c'est bien fini après que le tribunal vous a déboutée ?

C’est normal. Je ne veux même pas parler de Mansour Guissé. J’ai été déboutée, mais c’est Dieu qui donne raison. J’ai voulu me faire justice. C’est Dieu qui l’a voulu. L’affaire Mansour Guissé est très très loin dans ma tête et dans mon quotidien. Il fait partie de mon passé. C’était un épisode malheureux mais nécessaire qui m’a permis de savoir que j’étais une rebelle.

 

Et Lamine Faye ?

Je ne peux pas aller au tribunal régler certaines choses moi-même. J’avais pris des avocats. On a eu tous les problèmes du monde pour mener à bien cette bataille. Lamine Faye se prenait pour un intouchable. Moi, je ne crois pas au pouvoir d’un individu mais à celui de Dieu. Je me suis battue.

 

A quand un remariage ?

Aucune idée. Tout est entre les mains de Dieu. Là, je me suis mariée au peuple.

 

PAR BIGUÉ BOB

 

 

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