Publié le 1 Dec 2014 - 02:41
MAMOUR CISSE, LEADER DU PSD-JANT BI

‘’Il n’y a que le peuple qui est souverain’’

 

Le leader du PSD-JANTI BI, Mamour Cissé se démarque de la position de l’ancien président Abdoulaye Wade, qui réclame la démission de Macky Sall. Pour l’ancien ministre d’Etat qui passe en revue les dossiers brûlants de l’actualité, ‘’il n’y a que le peuple qui est souverain’’.

 

L’ancien président Abdoulaye Wade a, au cours du meeting  organisé par le Front patriotique pour la défense de la République, réclamé la démission du président Macky Sall et la tenue d’une élection anticipée. Quel commentaire vous en faites ?

En tant qu’acteur politique, nous nous donnerons le devoir et l’impérieuse nécessité de faire confiance à la loi fondamentale. Que dit la constitution ? Le président de la République est élu pour un mandat de 7 ans. Souvenez-vous quand il y a eu une initiative qui s’appelait IDEW (Initiative pour le départ de Abdoulaye Wade), mon parti a été le premier à fustiger cette démarche anticonstitutionnelle pour la bonne et  simple raison  que Wade a été élu pour 7 ans. Ensuite, ces gens-là ont rejoint Abdoulaye Wade au pouvoir.

Moi, je suis un républicain jusqu’au bout des ongles. Mais je ne suis pas dans la tête d’Abdoulaye Wade pour pouvoir décortiquer le pourquoi de ses propos. Il n’y a que le peuple qui est souverain. Je pense qu’il n’est pas besoin d’anticiper sur la volonté populaire. Le Sénégal est un pays de paix, de dialogue. J’appelle aussi bien l’opposition que la majorité à savoir raison garder. Par contre, il y a des efforts qualitatifs que le pouvoir doit faire.

Quels sont ces efforts ?

Un pays où il n’y a pas de dialogue politique, c’est problématique. On a besoin de canaux. Et ce dialogue politique doit venir de Macky Sall pour une raison évidente. Parce que c’est lui le président de la République qui est bien élu. De plus, c’est un ‘’fils’’ de Wade.

Le dialogue politique dont vous faites allusion signifie-t-il entrisme ?

Je ne suis pas pour l’entrisme. J’ai eu à dire qu’une démocratie a besoin d’équilibre. Cet équilibre-là voudrait qu’une majorité gouverne et qu’une opposition s’oppose ; mais dans les règles républicaines.

Pourquoi avez-vous donc pris part à ce meeting ?

Si j’y suis allé, c’est par respect et par affection au président Abdoulaye Wade.

Pourquoi vous n’avez pas pris la parole ce jour-là ?

Je ne suis pas membre du Front ; j’étais invité. Donc ce serait impertinent de me donner la parole.

Est-ce que vous avez eu à échanger avec lui après le meeting ?

Non, on ne s’est pas vus pour en parler. Wade est un animal politique. Il a eu à poser des actes.

On a l’impression que tout se résume à la politique politicienne. Est-ce qu’il n’est pas temps que vous discutiez des questions d’intérêt national ?

Effectivement. Le véritable combat qui vaille aujourd’hui, ce n’est pas de faire de la politique politicienne. C’est de prendre à bras le corps les aspirations de cette jeunesse désœuvrée, sans emploi, sans perspective. On nous avait promis beaucoup de choses. La couverture maladie universelle tarde à prendre ses marques, le plan sésame, le problème de l’éducation. Quel type d’éducation voulons-nous pour notre pays ? Aujourd’hui, on devrait mettre l’accent sur les matières scientifiques.

Le Sénégal a besoin d’au moins 10 000 ingénieurs sur une projection de 10 ans pour qu’on puisse devenir un pays émergent. A-t-on aujourd’hui le droit de laisser faire le Bac série L qui ne donne aucune perspective ? Quel est la pertinence d’avoir 70 000 bacheliers qui vont faire le droit ?  En réalité, l’université est en train de former des gens qui n’ont aucun profil. Ce n’est pas bon. C’est sur ces questions qu’on devrait avoir des consensus pérennes.   

Vous n’êtes pas apparemment convaincu par le PSE ?

En tant que vision, c’est une excellente chose. Quand on ne peut pas rêver, ne pas faire rêver un peuple, on ne se développera pas. Mais a-t-on les moyens de notre politique par rapport aux engagements ? Ils ont été au club de Paris en disant qu’ils ont mobilisé 3 500 milliards. Qu’en est-il réellement sur le plan du décaissement. Wade l’a toujours dit : ce serait naïf de notre part que de penser que le développement du pays se fera avec l’extérieur. Les engagements qui sont pris dans le cadre bilatéral ou multilatéral s’inscrivent déjà sur le programme d’investissement triennal public.

Me Wade accuse le président Macky Sall d’avoir fait perdre à l’Etat du Sénégal plusieurs milliards dans le bras de fer qui l’oppose à Arcelor Mittal. En tant qu’ancien ministre d’Etat, quelle est la vérité dans cette affaire ?

Qui peut le plus, peut le moins. Dans le cas d’espèce, lorsqu’il s’agit d’intérêt national, la logique voudrait que Macky Sall soit patient. Qu’est-ce que cela nous coûtait d’attendre 2 mois, six mois, ou même un an pour décrocher le jackpot (1 000 milliards) ? C’est-à-dire au moins une année de recette budgétaire. Mais pour 75 milliards, je trouve que c’était impertinent d’accepter cette offre. S’y ajoute que, le ministre de l’Economie et des finances a déclaré que 40 milliards sont inscrits dans le budget de 2015 dans le cadre d’une loi de finance rectificative. Où son passés les 35 milliards restants? Qu’il nous édifie ? 

Pour le ministre de l’Economie et des Finances, il y avait une décision politique qu’il fallait prendre, et l’Etat l’a prise. Etes-vous convaincu ?

Un Etat ne doit pas avoir d’état d’âme. Un an dans la vie d’un individu, c’est rien du tout, a fortiori d’une Nation. Surtout par rapport aux enjeux. Le président Sall a hérité d’un dossier, il devait le gérer avec toute la rigueur et toute la lucidité qu’il fallait. Le gouvernement a beau se déculpabiliser, il a tort de transiger à 75 milliards.

Vous êtes donc en phase avec le Forum civil qui réclame la publication des accords entre l’Etat et Arcelor Mittal…

Absolument. Il faut la publication aujourd’hui de tout document permettant de savoir sur quelle base ils ont signé cet accord. Dès l’instant qu’il s’agit d’intérêt national, on devait prendre le temps de partager la réflexion avec tous les acteurs de la société civile et même de l’opposition. L’Assemblée nationale a une bonne occasion pour démontrer qu’il y a rupture en se saisissant de ce dossier.

Il y a aussi l’affaire Petro-Tim. Me Wade accuse Macky Sall d’avoir fait bénéficier son frère illégalement de 30% des actions de ladite société au détriment de l’Etat

Encore une fois, nous devons mettre l’intérêt du Sénégal au-dessus de nos intérêts. Si c’est le cas, c’est extrêmement gave et il faudra régulariser cette situation scandaleuse.

Mais le contrat a été signé sous le magistère de Wade   

Même si cela a été signé du temps de Wade, ce n’est pas normal. Compte tenu des difficultés que nous avons et qui sont liées à la santé, à l’éducation…, de grâce privilégions l’intérêt national au détriment de nos intérêts personnels.

Au regard de l’appétit qu’aiguise  le pétrole, est-ce qu’il ne faut pas mettre en place un fonds souverain pour les générations futures ?

C’est important. A la place du fonds souverain, il faut d’abord mettre en place une commission chargée de la gestion de nos ressources naturelles qui impliquerait la Cour des comptes, l’Assemblée nationale, le Forum civil, le chef de l’opposition. C’est un minimum, dès l’instant qu’il s’agit d’argent public.

Aliou Sall a servi une sommation interpellative à Me Wade. Quel commentaire cela vous inspire ?

D’abord, cela ne va pas décanter la situation. Me Wade a posé un acte politique, j’attendais une réponse politique et non une réponse judicaire. Je vais rester sur ma faim.

PAR DAOUDA GBAYA

 
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