Publié le 16 Feb 2018 - 04:56
ME EL HADJI DIOUF (AVOCAT ET CHEF DE PARTI)

‘’Les carottes sont déjà cuites pour Khalifa Sall’’

 

‘’Bon sang ne saurait mentir’’. Cet adage, Maître El Hadj Diouf se l’approprie. Il le clame avec beaucoup de fierté. De son sang ‘’royal’’, il tient son tempérament. Il est chaud, bouillant, incontrôlable. Des caractéristiques qu’il assume totalement. Peu importe ce qu’en pensent les autres. Il est ‘’lion’’. Et il refuse de se ‘’transformer en chat’’. Encore moins en ‘’larbin’’. Exclu du procès de Khalifa Sall, il plaide, toutes griffes dehors, devant EnQuête. Affaire Khalifa Sall, indépendance de la Justice, traque des biens mal acquis, Ousmane Sonko, Macky Sall … ‘’Le député du peuple’’ livre sa sentence.

 

Me, après avoir écopé d’un carton jaune avec Malick Lamotte, vous avez été exclu du procès par le Bâtonnier. Des tribunes, comment suivez-vous cette bataille judiciaire ?

D’abord je vous rectifie. Le président Lamotte ne m’a pas donné un carton jaune. Il m’a directement donné un rouge. Et il n’avait pas ce droit. Je le souligne. Aucun juge n'a ce pouvoir. L'avocat a une immunité de plaidoirie. Comme les députés dans le cadre de leur intervention dans les débats parlementaires. Il est seul maître du contenu de sa plaidoirie. Le président Lamotte  s'est complètement gouré. Il a commis une faute grave en exprimant un état d'âme. J’avais un devoir de vérité dans ces deux exceptions qui m'ont valu cette exclusion. Je les maîtrise fondamentalement pour les avoir vécues. Il s’agit de l’immunité parlementaire et de l’intervention de l’avocat.

Le président Lamotte, je ne sais pas quelle mouche l’a piqué. En ce qui concerne la première exception, c’est-à-dire la violation de l’immunité de Khalifa Ababacar Sall et la levée irrégulière de cette immunité, je sais de quoi je parle. J’ai fait 10 ans à l’Assemblée nationale, deux mandats successifs. J’ai assisté à des levées d’immunité parlementaire. Notamment celles d’Oumar Sarr, Abdoulaye Baldé, Ousmane Ngom, et celle de Barthélémy Dias. C’est à ce titre que je parlais. Et j’ai sorti le règlement intérieur de l’Assemblée nationale que j’ai lu. Les textes disent que le député doit comparaître devant la commission ad hoc. Ce qui signifie qu’il doit être libre. Et puis comment on peut lever quelque chose qui n’existe pas. Ensuite, il doit être accompagné d’un de ses collègues qui est son avocat. Le jour de la plénière, il doit prendre la parole. Tout cela n’a pas été fait. Donc, l’immunité de Khalifa Sall n’est toujours pas levée. Il ne pouvait donc pas être jugé.

La seconde exception, c’est par rapport à la présence de l’avocat dès l’interpellation de son client par la police. Là aussi, j’ai un devoir de vérité, ayant été le premier avocat contacté par Khalifa Ababacar Sall. Dès qu’on l’a convoqué, il m’a informé. Le jour J, je me suis présenté devant les policiers. On m’a empêché de l’assister en violation de l’article 5 du règlement 5 de l’UEMOA et de l’article 55 du Code de procédure pénale. Ces articles disent que si cette formalité n’est pas respectée, tout est nul. Si la mention n’est pas faite dans le procès-verbal, tout est nul. Le procès aurait dû s’arrêter après mon intervention. Le président, sachant que ce que j’ai dit, c’est le droit et que c’était favorable à Khalifa Sall, a décidé de me sortir du procès. Peut-être aussi parce qu’il ne voulait pas qu’on dise le droit.

A quelles fins ?

Peut-être parce qu’il a d’autres intentions. C’est pourquoi j’ai demandé qu’on le récuse immédiatement. Je l’ai dit aux avocats de la défense. Lui-même s’est trahi en me disant : Maître, j’ai constaté qu’après votre plaidoirie, tout ce que vous dites arrange Khalifa Sall. Donc vous êtes en réalité un avocat de Khalifa Sall. En parlant ainsi alors qu’il devait se taire, il a exprimé un état d’âme et s’est trahi. Donc son intention est de condamner Khalifa Ababacar Sall. Ça, c’est maintenant évident ! Au même moment, des avocats de l’Etat ont soufflé des réponses à des prévenus, qui comparaissent libres, qui ne sont là que pour charger Khalifa Ababacar Sall ; on ne leur dit rien.

Ces gens, on leur a dicté ce qu’ils doivent dire pour mériter leur liberté. Ce sont des prévenus qui sont de mèche avec les avocats de l’Etat. C’est pourquoi je dis que c’est un procès injuste, qui ne peut pas être équitable. Les carottes sont déjà cuites pour Khalifa Sall. Je le dis en me basant sur  la manière dont le procès est conduit. Un tribunal qui se permet même de dire qui doit témoigner. C’est du jamais vu. Le tribunal a écarté Doudou Wade qui était cité par la mairie. Au nom de quoi le tribunal peut-il se permettre d’écarter Doudou Wade de la liste des témoins ? Tout cela, je dis que c’est vraiment bizarre. Dans ces conditions, comment peut-on s’attendre à un procès équitable ? Malgré tout, après ma brillante plaidoirie qui vraiment était d’une clarté extraordinaire, le procès était fini. Le tribunal ne pouvait plus se retenir. Il s’est trahi. Ces exceptions sont imparables. Le tribunal devait tout de suite arrêter les poursuites.

Quelle a été votre réaction suite à la mesure prise par le barreau ?

D’abord j’ai dit au juge qu’il ne pouvait pas m’exclure du procès. Et toute la presse a titré Me El Hadj Diouf chassé du procès. Ce qui est faux. Aucun juge, s’il n’y a pas trouble d’audience, si on ne sème pas le bordel, ne peut exclure un avocat d’un procès. Donc le président s’est trahi. Et il est démasqué. Il me dit : vous sortez ! Vous n’allez plus plaider ! J’ai dit : c’est faux ! Vous n’avez pas ce pouvoir. Seul l’Ordre des avocats peut le faire. Et c’est par la suite que le bâtonnier a écrit pour sauver le juge. L’ordre a volé au secours du président Lamotte.

Si je m’étais représenté pour prendre la parole, il ne peut m’en empêcher. Par respect pour mon Ordre, parce que je ne voulais pas l’affaiblir, j’ai accepté la décision qui a été prise. J’aurais pu faire appel, parce que ce n’est pas la décision de Dieu. En plus, je pense qu’il y a eu une mauvaise interprétation de l’article 11 de la loi sur le barreau. Ce sont les agents de l’Etat qui sont obligés d’observer un délai de trois ans après avoir quitté leurs fonctions. Moi, j’ai cessé d’être agent de l’Etat il y a dix ans. Je ne suis donc pas concerné par ces dispositions. J’ai accepté juste par respect pour mon Ordre qui voulait sauver les meubles. Cela aurait été humiliant pour le juge. Le barreau a donc évité l’humiliation au juge.

Certains n’ont pas compris que vous ayez été renvoyé pour cette disposition alors qu’on vous a laissé plaider pour l’Etat dans son procès contre Karim Wade.

Pourtant, cette disposition a bel et bien été évoquée dans ce dossier. Mais le juge Henry Grégoire avait dit : tout le monde plaide. Ce qui prouve que c’est moi qui dérange. Moi El Hadj Diouf, petit avocat, je croyais que je n’étais pas aussi fort, aussi dangereux, mais je viens de me rendre compte qu’il y a des gens qui tremblent chaque fois que je prends la parole. Je ne savais pas que j’étais aussi craint. Moi ce petit avocat noir, je ne savais pas que j’avais cette force supra naturelle, comme cet orage qui balaie tout sur son passage. Pourquoi ils tremblent ? Pourquoi ? C’est parce que j’ai avec moi la vérité. Cette vérité qui dérange et qui fracasse les combines. C’est ce qui fait trembler tous les comploteurs.

Certains indexent votre tempérament comme étant la source de tous vos problèmes. De qui tenez-vous ce tempérament ?

Bon sang ne saurait mentir ! Je ne peux pas être un petit-fils de roi et être un larbin. C’est dans le sang. Je n’y peux rien. Quand je réagis face à l’injustice, c’est comme un roi qui protège son peuple. Maintenant, même s’il y a des jaloux, il y a beaucoup de gens qui m’aiment dans notre corporation. Mais il y a aussi des gens qui, quand vous êtes plus populaire qu’eux ou plus riches qu’eux, ou plus aimés, vous faites le buzz, toujours au-devant de l’actualité, ils en sont malades. Ça, je n’y peux rien. La jalousie est une maladie mortelle.

Quid de votre détermination dans le cadre des dossiers que vous défendez ?

Je suis comme ça. Je me rappelle au Togo, on avait pointé des fusils sur moi. A Abuja, la présidente était obligée de me dire : ‘’Maître, ici c’est la Common Law. On plaide doucement, calmement’’. Je lui ai dit que c’est ma façon de plaider. A la fin, c’est elle-même qui me dit : ‘’continuez comme ça. J’ai constaté que vous plaidez avec détermination et engagement’’. C’est ma nature, ma marque de fabrique, mon label : la détermination, l’engagement et la passion. C’est ce qui fait bouger les montagnes. Comment on peut me demander de changer mon identité. Moi qui dirigeais les grèves à l’université, moi qu’on appelait Lénine, le grand dirigeant du mouvement Bolchevick, Vladimir Ulrich Oulianov, ce grand meneur d’homme. Comment pourrais-je changer pour être un larbin ? Comment un lion peut-il devenir un chat, un tigre un mouton. Vous voulez que je devienne un mouton, mais je ne serais plus un lion. Je suis moi-même. Un homme de passion, un homme de cœur.

Un homme qui combat l’injustice, profondément sentimental. Je ne peux pas parler de moi-même. En ce jour de la Saint Valentin…. (L’entretien a été réalisé hier 14 février 2018), j’ai un amour profond pour l’être humain. Je n’ai jamais connu Khalifa Sall. On ne s’est jamais fréquenté. Je ne sais même pas où il habite. C’est juste que je n’aime pas l’injustice. C’est pourquoi j’ai défendu Barthélémy Dias et Bamba Fall. Je me suis rendu compte qu’il y avait un complot contre le maire de Dakar. D’abord, on arrête ses lieutenants, dégarnit les rangs pour accéder  au général. C’est la stratégie d’encerclement comme le font les Maoïstes : ‘’Encerclez-les, virez par les villages’’. Si on neutralise les lieutenants. Il est ensuite facile d’arrêter le général. Je ne pouvais l’accepter.

N’est-ce pas contradictoire de remettre ici en cause la crédibilité de la Justice alors qu’ailleurs, vous défendez qu’il faut faire confiance en cette justice ?

Quand est-ce que vous m’avez entendu dire qu’il faut faire confiance en la justice ? Dites-moi ! (Il s’emporte). A quelle occasion ?

 Dans le cadre de la traque des biens mal acquis par exemple…

(Il coupe). Non ! Moi je n’ai jamais dit qu’il faut faire confiance naïvement en la justice, de façon idiote, inintelligente. Dans le procès Karim Wade, j’ai fait confiance en mes arguments. Comment la justice peut-elle être indépendante dans ce pays ? Elle l’est sur le plan textuel. Mais dans la réalité, cette indépendance n’existe pas. C’est l’Exécutif qui nomme les juges. ‘’Kula abal ay bët moolay wax fi ngay xool’’ (Qui paie commande). Il faut qu’on arrête cela ! Que le président de la République quitte le Conseil supérieur de la Magistrature ! Que la justice nomme les juges ! Du point de vue des textes, nous sommes même devant la France. Pendant que là-bas ils parlent d’autorité de la Justice, ici on parle de pouvoir.

L’existence du ministre de la Justice est donc une aberration. Comment un petit ministre peut donner des ordres à un pouvoir ? Moi, j’ai pitié de la Justice. Il faudrait qu’elle se batte. Ce n’est pas un combat qui doit être laissé aux magistrats qui sont des fonctionnaires, qui ont peur de se battre. Je profite de l’occasion pour féliciter, encourager le nouveau président de l’UMS, un magistrat indépendant, d’une dignité extraordinaire, d’une fermeté sur les principes sans faille. C’est un exemple à méditer. Il nous faut des juges comme lui pour que les Sénégalais retrouvent leur confiance en la justice. Tant que le sort des juges dépendra de l’Exécutif, on ne saurait parler d’indépendance.

Où en êtes-vous avec le paiement de vos honoraires dans le cadre de la traque des biens mal acquis ?

Voilà un dossier qui illustre parfaitement que nous sommes devant un Etat injuste, un Etat malhonnête, un Etat méchant, jaloux, rancunier, qui nous doit notre argent. Trois ans après le procès qu’on a gagné devant toutes les juridictions de ce pays. C’est l’Etat même qui dit que nous avons recouvré 60 milliards F CFA. Nous avons réclamé nos 2%, soit 1 milliard 200 pour chaque avocat. Le président nous a dit : ‘’Si je vous donne des milliards, le peuple va m’en vouloir. Je lui ai dit non. D’habitude, chaque avocat prend au minimum 20% dans ses dossiers en cas de recouvrement. Ici, on a demandé par patriotisme le même pourcentage pour l’ensemble des avocats. C’est ce qui a été signé dans la Convention. En plus, on a fait gagner de l’argent à l’Etat. L’Etat n’est même pas intelligent. C’est comme s’il n’avait rien recouvré en agissant de la sorte. Seule Mimi Touré qui n’est pas mon amie a eu l’honnêteté de reconnaître que le gouvernement a recouvré plus de deux cents milliards. Ce qui devait nous permettre de gagner 4 milliards. C’est à ce moment qu’ils ont réagi pour affirmer qu’ils ont encaissé 152 milliards, outre les immeubles qui ne sont pas encore évalués. Avec ce montant, on devrait percevoir 3 milliards. Et l’Etat ne nous a donné aucun sou jusqu’à présent. C’est injuste.

Donc vos négociations n’ont pas abouti ?

Le ministre de la Justice Ismaïla Madior Fall a voulu nous endormir. D’après mes sources, c’est lui-même la source du blocage. Il s’oppose à ce qu’on nous paie. Quand il nous a reçus, il nous a fait une proposition injurieuse. Il nous a insultés en disant qu’ils vont donner deux milliards à tous les avocats. Ce qui fait 200 millions pour chaque avocat, là où on devait avoir 4 milliards. Ce ministre ne devrait même pas être concerné par cette affaire.

L’Etat doit être représenté par l’agent judiciaire qui dépend du ministère des Finances, et non du ministère de la Justice. Je ne sais pas pourquoi Macky Sall pense que c’est le Garde des Sceaux qui doit gérer ce dossier. Je lance un appel au ministre Amadou Ba et au Président de la République pour qu’ils prennent leurs responsabilités. Le problème d’Ismaïla Madior Fall, c’est qu’il est enseignant. Il ne connaît pas les milliards. Il ne connaît que le salaire. Nous, nous sommes des avocats, nous travaillons et nous encaissons des milliards. Pour lui, donner à un avocat un milliard c’est inimaginable. Il nous parle de tensions de trésorerie alors que c’est de l’argent qui ne provient même pas du budget. Il faut qu’il arrête. C’est injuste, méchant, indigne. Le même Etat se permet de recruter les mêmes avocats dans le cadre du procès Khalifa Sall. Bor du am ràkk (Il faut rembourser avant d’emprunter à nouveau).

Ne pensez-vous pas que certains avocats ont été désintéressés à votre insu ?

Certains le disent. Moi, je continue de faire confiance à mes confrères qui disent qu’ils n’ont pas été payés. Mais nos épouses, nos enfants, nos amis nous disent : ‘’Ecoutez ! Dans cette affaire, l’Etat a triché en payant certains et non El Hadj Diouf qui parle beaucoup’’. Moi, je réponds que l’Etat n’ose pas le faire. Mes confrères non plus, je pense qu’ils ne l’osent pas. Nous sommes d’un même Ordre et je pense que nous avons la même dignité. Seulement, nous n’avons pas la même personnalité. En tout cas moi, on ne me b… pas deux fois.

Par obligation de transparence, n’est-il pas temps de faire le bilan financier de la traque des biens mal acquis ?

Je suis tout à fait d’accord. Il faut peut-être poser la question à l’agent judiciaire de l’Etat. Ce que je peux dire, c’est que la montagne a accouché d’une souris. Où sont les autres personnes citées par le procureur spécial ? On a préféré négocier avec eux pour les amener vers les prairies marron beige.

Après tout cela, ne regrettez-vous pas d’avoir plaidé dans cette affaire des biens mal acquis ?

Je ne regrette rien. Je plaidais pour mon pays. Je n’avais rien contre Karim Wade que j’aime de même que son papa qui m’a nommé ministre. Abdoulaye Wade, c’est mon ami. Je le considère comme le plus grand Président du Sénégal de tous les temps. Un homme qui avait une vision. S’il était venu plus tôt, plus jeune à la tête de ce pays, le Sénégal aurait dépassé la France. Il faut savoir que ces pays de l’Occident n’ont pas été construits par des annonces. Encore moins par des diables. Ils l’ont été par des humains. Avant Abdoulaye Wade, on ne connaissait pas ces tunnels, ces échangeurs. On ne connaissait pas non plus les autoroutes à péage. Les bassins à rétention qu’ils m’avaient confiés.  A l’époque, j’avais dit que Wade m’avait confié la vie. Puisque l’eau, c’est la vie. Il m’avait aussi instruit de construire le canal du Baol. C’étaient des milliers de milliards. Wade avait des idées pour révolutionner le pays. Je veux être le second président visionnaire après lui.

Votre ami Macky Sall n’a-t-il pas cette vision ?

Macky Sall est incapable. Il est plutôt dans des guerres. Il commence son mandat par des combats (procès de Karim Wade) et le termine par une autre guerre (le procès de Khalifa Sall). Il n’a même pas le temps de travailler.

Il n’empêche, vous êtes toujours avec lui dans Benno Bokk Yaakaar…

Je suis avec lui certes, mais on est en train d’évaluer notre présence dans la coalition. Le parti se réunit la semaine prochaine pour faire l’évaluation de notre compagnonnage avec Macky Sall. Pour moi, c’est un compagnonnage négatif, mais le Comité central de notre parti va statuer et décider de ce qu’il faudra faire maintenant. Après 6 ans de compagnonnage totalement négatif, nous n’avons rien senti. Au contraire, nous avons vu un roi à la place de celui qu’on avait élu, qui ne nous consulte pas. Qui ne tient pas compte des avis de ses alliés. Sauf peut-être ceux  des vieillards qui l’entourent, qui sont d’une autre époque et qui sont en déphasage avec le peuple sénégalais.

C’est pourquoi, Macky Sall est un Président totalement démodé et dépassé parce qu’emprisonné, pris en otage par des vieillards d’une autre époque. Des gens qui ont servi Senghor en plein parti unique, qui ne connaissent que la pensée unique (Big bozzer), Macky est méconnaissable. Il ne comprend plus rien, parce qu’on l’empêche de voir la réalité.  Nous allons regarder tout ça en face et apporter les solutions idoines. Je ne vais pas anticiper sur la décision du parti. La décision va tomber dans quelques jours. Car nous allons vers des élections très importantes : la Présidentielle et les Locales de 2019.

Est-il envisageable que vous y restiez ?

Tout est envisageable. Mais a priori, on est plus proche de la sortie que de la reconduction. Benno Bokk Yaakaar est un cadre contre nos intérêts. Un cadre que nous ne comprenons plus. Vous me connaissez, nous allons prendre nos responsabilités, le moment venu. El hadj Diouf est un homme libre et très courageux. Donc, ne soyez pas surpris si demain, vous apprenez qu’une décision de rupture est prise. Il peut aussi arriver que je sois minorisé, parce que je ne suis pas un dictateur. Mais la rupture est très proche. Ce n’est pas parce que nous n’avons pas eu quelque chose. Nous n’avons jamais été demandeur de quoi que ce soit. Je le dis publiquement, nous n’avons jamais demandé un poste. Au contraire, on nous a proposé des postes. Mais compte tenu du contexte, nous les avons refusés. Par exemple pour le Haut conseil des collectivités territoriales (Hcct), nous l’avons décliné pour rester conséquents avec nous-mêmes. Nous avons toujours dit que c’est une institution budgétivore. C’est juste un refuge pour les transhumants. Il y a certaines choses qu’on ne peut accepter.

Récemment le président Emmanuel Macron était en visite au Sénégal. Est-ce qu’on peut parler de victoire de la diplomatie sénégalaise ?

Victoire, oui ! Mais victoire de la soumission, de la servitude, du néo-colonisé, de l’indignité et de l’esclavage. Un président français qui met les pieds sur le territoire sénégalais, ex colonie française ; On oublie que le Sénégal est indépendant. On se comporte en colonisé. Cela me rappelle quand De Gaulle venait au Sénégal, accueilli à la Place Protet  par les porteurs de pancartes, pour réclamer l’indépendance. Nous sommes un Etat souverain. La visite d’un président français, c’est la même chose que celle d’un président guinéen ou nigérian. En quoi c’est une victoire de la diplomatie ? Qui est Macron ? Un jeune Français, président d’un Etat qui est dans la tourmente.

L’Occident comme le disait Garaudy est un accident. Pendant ce temps, on n’a même pas de l’eau potable à boire. On est obligé d’acheter de l’eau de source pour se laver. Celui qui boit cette eau-là est mort. Voilà les choses importantes, pas une réception d’un président étranger. Moi, j’aurais bien aimé que Macky Sall envoie la ministre des Transports aériens, Maîmouna Ndoye Seck ou Mame Mbaye Niang aller le recevoir à l’aéroport comme ça se fait à Paris. Là-bas, on envoie le ministre le plus insignifiant du gouvernement pour recevoir nos chefs d’Etat, parce qu’ils ne nous respectent pas. Ici, c’est le président lui-même, tout sourire, qui se déplace avec toute la République. Ce sont ces vestiges coloniaux qui empêchent notre développement. Lénine disait que l’ennemi numéro 1 de la révolution, ce sont les vieilles habitudes du passé.

Justement le régime parle d’un Sénégal émergent à l’horizon 2035. Vous, quel regard portez-vous sur le bilan du Président Sall ?

C’est un bilan négatif, fait d’annonce. On parle de taux de croissance. Regardez si les Sénégalais vivent mieux. Est-ce que leurs épouses, leurs enfants sont dans de meilleures conditions. Ce n’est pas le cas. Les enseignants sont en grève, les familles ont du mal à assurer les repas quotidiens. Des étudiants sont chassés de l’école. Au moment où ils parlent de couverture médicale universelle, les médecins sont en grève. Comment on peut parler d’émergence dans ces conditions ? C’est du maquillage. Le règne de Macky Sall, c’est le règne de la ruse. Ils sont en train d’user de la ruse pour rester au pouvoir.

Certains disent que le président Macky Sall est parti pour rempiler parce qu’en face, il n’y a rien ?

Ils peuvent le dire, puisqu’ils sont dans le secret de Dieu. Celui qui va gouverner le pays demain, personne ne le connaît. Macron, à un an de l’élection, était ministre de Hollande. Il n’était même pas en face. Il était dans le gouvernement de Hollande. En face, il n’y avait rien. Il faut arrêter de dire ça. Seul Dieu connaît le nom du futur vainqueur de cette élection.

Etes-vous candidat à ce scrutin présidentiel ? Ou y participerez-vous en coalition ?

Là, c’est prématuré pour le dire. Les candidatures ne se sont pas encore déclarées. Le parti va d’ailleurs se réunir bientôt à l’effet de parler de tout ça et des modalités d’aller à la Présidentielle de 2019. Aussi, notre parti va démarrer une tournée nationale de massification. Malgré notre départ de l’Assemblée, les gens continuent de nous faire confiance. Ils se plaignent. Il faut aussi savoir que ces élections législatives ne sont pas un baromètre. S’il y avait élections, j’aurais eu au moins une dizaine de députés.

Vous réclamez-vous toujours député du peuple ?

Ah oui ! Personne n’y peut rien ! C’est moi le défenseur du peuple ! Je l’ai montré le 23 juin 2011 et pendant mes deux législatures. Ma non-élection n’est pas une douche froide. Moi, je suis d’accord avec tout ce que dit le peuple. Je suis avocat, porte-parole, député du peuple. Et je resterai toujours député du peuple.

En ce moment, sur le terrain politique, on ne sent que deux candidats potentiels de l’opposition : Idrissa Seck et Ousmane Sonko…

(Il coupe). Idrissa Seck d’accord. Mais pourquoi vous voulez créer cette personne-là (Ndlr : Ousmane Sonko). Qu’est-ce qu’il a fait pour le Sénégal ? Il y a un complexe et une manipulation de la presse. Quelqu’un qui a été chassé de son emploi, parce qu’il a divulgué des secrets ! Ce n’est même pas un modèle. Comment peut-on le considérer comme un présidentiable ? Nous sommes dans un pays fou. Quel est son mérite ? D’avoir été chassé de son emploi ? Vous parlez de lui au lieu de l’homme d’Etat, ancien premier ministre… de l’ancien député El Hadji Diouf…

On est en train de créer un phénomène comme Hitler a été créé en Allemagne. Arrêtez ! Ça suffit ! Il a été élu sur la base du plus fort reste, sur la base de la tromperie. Il a trompé le MRDS de Imam Mbaye Niang Yoonu Askan Wi, parce qu’ils ont été impressionnés. Ils pensaient que Ousmane Sonko avait du monde derrière lui, alors qu’ils n’y a personne derrière. Quand Macky Sall faisait des tournées en 2012, personne n’était au courant. Ces gens-là, où ils vont, ne peuvent même pas mobiliser trois personnes, au moment où El Hadj Diouf draine des foules. Seuls les tonneaux vides font du bruit. Je ne veux pas qu’on fasse comme l’Allemagne avec Hitler, les USA avec Trump. Il faut arrêter !

MOR AMAR

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