Publié le 3 Mar 2015 - 20:01
LIBRE PAROLE

L’Affaire South African Airways

 

Peu d’organes de presse ont eu à évoquer encore moins à analyser la décision de  South African Airways de réduire le nombre de ses vols hebdomadaires sur ou via Dakar de 21 à 4, ce qui, en définitive, s’apparente à une fermeture qui ne dit pas son nom malgré toutes les contorsions orales de certains responsables de cette compagnie aérienne.

Or, sur la plateforme aéroportuaire de Dakar, outre ses 21 vols par semaine  selon 3 vols/jour, South African c’est plus d’un demi milliard de frs CFA par mois payés à diverses administrations et entreprises locales : les ADS (taxes d’exploitation aéroport) ; SHS (société d’assistance qui s’occupe d’enregistrer le fret, les passagers et les bagages) ;  Senca (nettoyage et chargement avions) ; l’hôtel King Fadh Palace (hébergement quotidien de quelques 43 membres d’équipages) ; ABS (bus de transport des équipages vers l’hôtel avec 6 rotations par jour aller/retour) ;  EAS (sécurité et contrôle des documents : passeports et visas) ; Dakar Catering (restauration à bord) ; l’Asecna (contrôle aérien) ; sa propre Agence de voyage (22 employés) etc.… sans compter les commissions à diverses autres agences de voyage de la place, l’impact financier sur les milliers d’emplois directs et indirects etc.…sans parler de tous les loyers, impôts, taxes  et autres redevances laissés à Dakar.

Nous n’oublierons pas, enfin, le milliard de frs CFA réglés mensuellement à SM Cady (kérosène).

Aucune autre compagnie aérienne ne contribue autant à la vigueur de notre économie aéronautique, en lui faisant gagner, annuellement, plus de 20 milliards de frs CFA soit quelques 40 millions de dollars us. Comment peut-on se désintéresser des états d’âme  d’un tel client ?

Voilà que ces gens décident, de fait, de fermer en plein le silence radio général : la classe politique ne s’en préoccupe guère. L’Assemblée Nationale n’interpelle même pas le Gouvernement lequel reste aphone. La plupart  des médias ne se focalisent, comme à leur habitude, que sur le sensationnel et sur les  invectives plutôt que sur un tel drame annoncé (chômage ; pertes pour notre économie ; rétrogradation du prestige du Sénégal etc.…).

De quoi s’agit-il réellement ? Dans le passage de 21 vols / semaine à 4 vols, l’on insiste peu sur fait que tous les vols vers et en provenance des Etats Unis (New York et surtout Washington) sont supprimés. Resteraient 4 vols maintenus sur l’axe Johannesburg-Dakar qui passerait par Libreville. Or, si Johannesburg-Libreville s’avère rentable en raison de l’habitude des ressortissants d’Afrique Centrale à fréquenter l’Afrique du Sud où ils se soignent notamment, le tronçon Libreville –Dakar et retour ne résistera pas au critère de rentabilité à cause des exigences de visas de la part du Gabon et de ce que d’autres compagnies relient largement l’Afrique de l’Ouest au Gabon. De sorte, qu’à terme, il faudra s’attendre à la fermeture de  Libreville-Dakar par South African.

Pour se rendre aux USA, South African envisage de passer par Accra ou Abidjan. Rien n’est encore irréversible : ni la décision elle-même ni le choix de la capitale de transit. A notre connaissance, au contraire d’Accra, l’aéroport d’Abidjan ne dispose pas de l’agrément américain pour un départ de vols vers les Etats Unis. IL compte sur South African pour y parvenir. C’est clair que si celle-ci s’y met, activement- bien sûr avec l’appui du gouvernement sud africain- Abidjan l’obtiendra.  Alors, même Delta Airlines (héritière de la Pan Am) qui vient à Dakar déménagera à Abidjan.

Plus grave : l’abandon du direct sur Washington, siège du parlement et du  gouvernement américains, de l’Usaid, du Fmi et de la Banque Mondiale etc.… Actuellement, toute l’Afrique de l’Ouest emprunte ce direct dakarois. En cas de suppression de cet axe, le Sénégal verrait son prestige en prendre un coup irrémédiable et la position géographique de sa capitale perdre toute signification. Nous n’aurons, alors, que nos yeux pour pleurer.

A Dakar, la communauté américaine est en émoi tout autant que certaines ONG qui tirent leurs ressources des USA sans oublier les travailleurs des diverses entreprises sus mentionnées ainsi que leurs familles. Les pouvoirs publics, eux, étonnent par leur mutisme et leur immobilisme.

L’évocation de la défaillance d’Air Sénégal qui aurait rendu Dakar sans intérêt pour South African n’est qu’un prétexte car les vols South African pour les Etats Unis arrivent à Dakar avec un fort taux de remplissage. Donc le nombre de  continuations vers la sous région ou même le reste de l’Afrique à partir de Dakar est dérisoire. Au demeurant, notre aéroport est un hub bien desservi de ce point de vue.  Toutefois, si s’avère exacte l’information sur l’exigence des autorités (lesquelles?) à recevoir de South African 65 milliards afin de relancer la compagnie nationale au lieu d’accepter un don ou prêt de 4 puis 2 autres avions un an plus tard pour ce  redécollage d’Air Sénégal, alors il y aura matière à enquête et à clarification.

  Selon nos informations, il n’est pas trop tard pour réagir car comme indiqué plu haut rien n’est encore définitif et même si c’était le cas le top management de South African peut toujours être amené, par le Sénégal, à reconsidérer sa décision.

En effet, la date du 19 Mars initialement retenue pour la fin des opérations a été reportée au 30 Avril 2015. Les diverses entreprises concernées n’ont pas encore servi à leurs employés des lettres de licenciement mais de simples correspondances pour évoquer l’éventualité. La lecture, entre les lignes, de l’interview (OBS du 23/2/15 p.23) de M. Sylvain Bosc, directeur général commercial de South African, indique bien que la porte reste entr’ouverte.

Au dessus de lui figurent le Directeur Général (CEO) proprement dit, le Comité Exécutif et le Conseil d’Administration lesquels n’ont rien validé au jour d’aujourd’hui.

Voilà pourquoi nous conseillons vivement, que, sans délai et toutes affaires cessantes, Monsieur le Président de la République, en personne- ou alors le Premier Ministre- prenne la tête d’une délégation composée de ministres, directeurs et chefs de services concernés pour se rendre en Afrique du Sud afin de discuter sérieusement, avec les dirigeants seniors voire les organes délibérants de South African Airways de même qu’avec le Chef de l’Etat et le Gouvernement Sud Africains car l’aspect politique des choses ne saurait être occulté.

Toute autre attitude : attentiste, calculatrice, bureaucratique, hésitante débouchera sur la déchéance multiforme de notre plateforme aéroportuaire et alors, le nouvel aéroport Blaise Diagne et les frais de construction d’une autoroute devant le desservir deviendraient sans objet. Il n’y a pas de temps à perdre car chacun doit garder à l’esprit que les actifs des compagnies aériennes sont, pour l’essentiel, mobiles donc ajuster leur réseau n’est pas lourd à entreprendre.

 Au moment où, de Casamance, le Chef de l’Etat a commandé la suppression des taxes et autres charges obérant le coût de la destination Sénégal afin de contribuer à booster notre tourisme, il serait contreproductif  de demeurer sans initiative face à cette affaire. Au cas où le statu quo se révélerait difficile à sauvegarder, le maintien des vols sur Washington constitue le minimum à conserver, de même qu’au moins 5 rotations/semaine sur New York afin de compléter les deux (hebdomadaires) de Delta pour arriver à un vol/jour au total.

Personne ne dira qu’il ne savait pas.

Jean-Paul Dias

Section: 
SÉNÉGAL : De nouveau sur la nécessaire et urgente refondation des institutions
(SUR)IMPOSITION DES RAPPELS DES ENSEIGNANTS, ENTRE FANTASMES, AMALGAMES ET COMMUNICATION HASARDEUSE : Des solutions à portée
PAYER LA BOURSE, STABILISER LE CALENDRIER UNIVERSITAIRE La réforme de l’enseignement supérieur et le défi du service public
Pour un Nouveau Modèle Pédagogique des Programmes d’Enseignement dans les Universités et des Instituts Supérieurs de Formation au Sénégal.
Le bruit autour de la fresque de Papa Ibra Tall à Thiès ne valait pas la peine
L’affaire Doudou Wade ou la frontière mouvante entre la parole politique et l’ordre public
La restructuration de la dette publique est-elle une solution face à la crise de l’endettement ?
NÉCROLOGIE : Christian Valantin : mémoire de notre histoire institutionnelle et diplomatique et emblème de l’unité culturelle du Sénégal
DIOM, FOULLA AK FAYDA : L’ADN immuable du sport sénégalais
CAN 2025 : Puisse la communion durer...
LETTRE OUVERTE AU PRÉSIDENT DE LA FIFA Finale de la CAN 2025 : Quand l’impartialité devient un impératif politique mondial
SENEGAL–MAROC : Héritage commun, destin solidaire au-delà des rivalités sportives
“Zéro talibé mendiant dans la rue’’ : objectif inatteignable ?
MAROC - SENEGAL : Quand la politique tue le football !
L’île de Gorée est un lieu de révolte, de liberté et de dignité, mais pas seulement un site de mémoire victimaire de l’esclavage
PROTÉGER LE PATRIMOINE MANDINGUE Un enjeu stratégique pour l’influence culturelle du Sénégal en Afrique de l’ouest tique culturelle peut véritablement faire sens. Culture, narratifs et influence à l’ère du numérique et de l’IA
Lettre ouverte à Monsieur Amadou BÂ, Ministre de la Culture du Sénégal
Notre souveraineté à l’épreuve de la dette
LIVRE - PAR TOUS LES MOYENS : Dix voix féminines sur le monde
La politique de l'oubli et la défiguration urbaine : Une analyse historique des blessures de Dakar