Publié le 22 Jul 2016 - 23:18

De retour de Kigali (Rwanda)

 

Sur ces terres d’Afrique de l’Est, il commence à faire jour dés 5 heures du matin. Et au fur et au à mesure, les rayons du Soleil laissent apparaître une ville au relief accidenté, avec des habitations perchées sur des sommets, d’autres en contrebas. Une configuration bizarre, une géographie compliquée. Mais quoi de plus normal. On est dans la capitale du Rwanda, pays dit des ‘’Milles Collines’’. Et depuis quelques jours, Kigali est même la ‘’capitale’’ de l’Afrique. En effet, le Rwanda accueille (du 10 au 18 juillet 2016) le 27e Sommet ordinaire des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine (UA). Il y a du beau monde sur place.

Une capitale est la vitrine d’un pays. Elle reflète sa beauté, sa laideur, son humeur, sa chaleur, sa grisaille, son hospitalité. Bref elle mesure la température économique et morale du pays. S’agissant de Kigali, qu’est ce qui n’a pas été dit ou écrit sur cette ville africaine, pas en vérité comme les autres, au cours de ces dernières années? Les récits en provenance de Kigali se suivent et se ressemblent. Beaucoup de visiteurs sont revenus de la capitale rwandaise, simplement émerveillés, conquis, sous le charme, bref subjugués par cette capitale africaine.

Elle se distingue par sa propreté, l’ordre et la discipline, ses routes bitumées où le port du casque est de rigueur chez les motos-taxi, les passage-piétons et les feux de circulation respectés. Oui, Kigali est une ville moderne qui s’abreuve dans le marigot des technologies de l’information et de la communication (TIC). La connexion Internet est accessible partout.

Kigali c’est surtout, en ces temps de culte écologique et environnemental, une ville Verte où le respect de l’environnement est une réalité, avec l’interdiction des sachets en plastique. Récompense suprême en 2008 : elle est déclarée ‘’Meilleure capitale africaine’’ par l’ONU Habitat.

Oui, sur le plan environnemental, il y a un contraste manifeste entre ce Kigali et Dakar, la capitale du Sénégal, véritable pétaudière par endroits, ville pissotière, un capharnaüm en un MOT. Et pourtant, ce Dakar là a eu plus de chances et d’opportunités que Kigali. Le Sénégal, fenêtre sur l’Atlantique, avec sa démocratie, a eu plus d’opportunités que le Rwanda, petit pays enclavé et dont l’Histoire est écrite de sang et de larmes. En effet, faut-il simplement rappelé que ce Rwanda, chanté de partout, est bâti sur les cris d’horreur de cette folie meurtrière qui s’est emparée du pays au fil des années, atteignant son point culminant avec le Génocide des tutsis et des hutus modérés en 1994. Une tragédie qui a fait 800 mille morts.

La mémoire de ce drame est aujourd’hui entretenue au Kigali génocide memorial center (KMGC), situé dans la banlieue de Gisozi. Inauguré en 2004, soit 10 ans après le génocide, y sont enterrés les restes de plus 250 000 personnes tués lors des massacres de 1994. Les visiteurs dont le président sénégalais, Macky Sall, ont y droit à l’exposition relatant l’histoire du Rwanda avant la période coloniale, la période coloniale, l’indépendance, le tout sur fond d’une politique d’instrumentalisation de la division ethnique. L’émotion est palpable après avoir fait le tour de cette de exposition qui présente l’histoire du génocide, en montrant les images de massacres de masse, d’enfants tués, les machettes et fusils ayant servi à tuer, etc. Une véritable manifestation ‘’de la haine et de la bêtise humaines’’, comme l’a dit le président sénégalais.

Mais plus de 20 ans après le génocide, le Rwanda, petit pays enclavé de l'Afrique de l'Est, frontalier de la République démocratique du Congo (RDC) à l'ouest, de la Tanzanie à l'est, l'Ouganda au nord et le Burundi au sud, est aujourd’hui cité comme une référence en matière de progrès économique et social.

Lors du 27e sommet de l’Union africaine, le président tchadien ne s’est pas privé de ‘’saluer la belle ville de Kigali’’ et ‘’les progrès formidables accomplis par le Rwandais sous le leadership de (son) frère Paul Kagamé, en se relevant de l’une des pires tragédies que ce pays ait connues, le génocide de 1994’’.

Pour y parvenir, le gouvernement rwandais a défini des objectifs de développement dans le cadre de la stratégie ‘’Vision 2020’’ visant à transformer une économie à faible revenu fondée sur l’activité agricole en une économie de services basée sur le savoir.  Le pays a enregistré des succès remarquables sur le plan du développement au cours de la décennie écoulée, caractérisée par une forte croissance, une réduction rapide de la pauvreté et, depuis 2005, un recul des inégalités, souligne la Banque mondiale. Entre 2001et 2015, le taux de croissance du PIB réel a atteint environ 8 % en moyenne par an. Se remettant du déficit d'aide de 2012, l'économie a crû de 7% en 2014, et 6.9% en 2015. De 4.7 % en 2013, la croissance du PIB réel du Rwanda est montée à 7.0 % en 2014, dépassant les 6.0 % escomptés. Elle devrait atteindre 7.5 % en 2015 et en 2016,  note de son côté la Banque africaine de développement (BAD).

Oui, le régime rwandais a certes ses détracteurs, mais l’évidence est là. Dépourvue de ressources, limité par un enclavement, désavantagé par un paysage accidenté, le pays s’est frayé le chemin de la réussite en misant sur l’éducation, la formation, le culte de l’ordre et de la discipline. Oui, à la fin de l’odyssée rwandaise, il y a une leçon : la réussite est au bout de l’effort.

Cette ‘’sucess story’’ est la preuve que si l’on veut, alors on le peut ; que l’Histoire n’est pas écrite d’avance ; que le destin du pays n’est éternellement pas la misère, la haine et la violence. Comme le disait Nelson Mandela : ‘’Notre défi n’est pas de ne pas tomber, mais de pouvoir se relever chaque fois que nous tombions’’. Oui, le Rwanda est tombé en 1994. Mais plus de 20 ans après, les Rwandais sont debout et offrent un modèle de réussite et une boussole aux Africains dans une éternelle quête de voie de ……… développement.

Ousmane Ibrahima DIA, journaliste à l’Agence de presse sénégalaise (APS), de retour de Kigali

 

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