Publié le 18 Feb 2025 - 15:22
AFFAIRE ECOTRA-ÉTAT DU SÉNÉGAL    

Une société ‘’fantôme’’ allemande au cœur d’un deal à milliards

 

Depuis bientôt 10 ans que le marché du Programme d’urgence d’aménagement intégré de la voirie primaire et des réseaux divers du Pôle urbain de Diamniadio (PUI/VRD) a été octroyé au groupement constitué par la société sénégalaise Ecotra SA et l’Allemande Tauber, la lumière refuse de jaillir dans ce dossier financièrement lourd de plus  de 200 milliards F CFA.

 

C’est à la suite de l’appel d’offres n°029/DGPU/2016 lancé par la Délégation générale à la Promotion des pôles urbains (DGPU) que le marché a été attribué pour un montant initial de 140 325 243 002 F CFA TTC au groupement sénégalo-allemand. Ce montant n’est, en réalité, qu’un trompe-l’œil, puisque la DGPU va signer, en 2023, sans appel d’offres, deux autres marchés pour un montant de 26 213 000 000 F CFA HT et 48 406 000 000 F CFA HT financés par la BOAD et la BIDC respectivement.

Faudrait-il rappeler qu’à travers le contrat approuvé par la DCMP le 12 juin 2017, Abdoulaye Sylla, mandataire du groupement Ecotra-Tauber, attributaire du marché de VRD pour un montant de 140 325 243 002 F CFA TTC, déclare notamment sur sa lettre de soumission : ‘’Si nous sommes désignés attributaire provisoire, nous nous engageons à mobiliser les financements nécessaires dans un délai maximum de deux mois et sur la base des conditions suivantes : (i) taux d’intérêt : 6 %, (ii) durée de remboursement 8 (huit) ans et (iii) différé de remboursement 24 (vingt-quatre) mois.’’ 

L’État du Sénégal s’était engagé à rembourser au groupement Ecotra-Tauber le montant du financement ‘’mobilisé’’ à travers les différentes LFI de 2017 à 2019.

Contrairement aux engagements de l’entreprise, l’État a pris l’option d’emprunter, entre 2017 et 2023, à la place du groupement, des fonds auprès de banques commerciales, des bailleurs et partenaires pour la réalisation des travaux et des compensations financières versées pour un montant de 235 milliards F CFA.

L’État du Sénégal a commencé à rembourser certaines dettes contractées, alors que la réception provisoire des travaux n’est même pas encore prononcée. Pis, le chantier est à l’arrêt.

Comme le pointe le rapport de la Cour des comptes, certains travaux listés dans le contrat de base comme les postes électriques ont été réalisés par la Senelec, mais plus grave, certains postes prévus dans le premier marché ont été repris à travers les marchés par entente directe à plus du double de leur prix initial.

Tauber : un mystère total

Mais la curiosité dans cette affaire, c’est la présence d’une société allemande au cœur de cette affaire : Tauber, une entreprise familiale fondée en 1964 à Würzburg par Kilian-Alois Tauber. Cette société, au départ spécialisée dans les opérations de dépollution pyrotechnique, est devenue une entreprise multiprestataire spécialisée dans le domaine de systèmes de construction souterraine et de la géophysique. Et son portefeuille de prestations s'est en outre étendu à des activités prioritaires durables et écologiques, comme l'assainissement des eaux. Ecotra a-t-elle eu besoin du ‘’parapluie technique’’ d’une entreprise étrangère à l’expertise reconnue, pour arracher ce marché à milliards ? Nos sources le pensent.

L’autre question à se poser est de savoir pourquoi, après avoir ‘’offert’’ sa signature, Tauber a subitement disparu de la scène, ne s’impliquant que bien timidement dans la mise en œuvre du projet.

Comment une entreprise allemande, à priori réputée rigoureuse, peut-elle accepter de jouer un rôle de faire-valoir dans ce ‘’groupement fictif’’ et engager sa responsabilité dans tout litige pouvant naitre de l’exécution du marché ?

Et comment on a pu donner crédit à une boîte dont le chiffre d’affaires, de 2014 à 2022, n’a jamais pu dépasser les 25 millions d’euros et qui, de surcroit, a fait l’objet, en juin 2009, d’une administration provisoire par ordonnance du tribunal local de Münster (85 IN 52/09).

Comment la DGPU, le ministère des Finances, la BOAD, la BIDC et la Société Générale ont pu se tromper à ce point ?

 

Section: 
Pétrole, gaz et emploi
PRIX DES PRODUITS À L’IMPORTATION ET À L’EXPORTATION EN MARS 29026 : L’ANSD donne les raisons de leur accroissement
SOMMET AFRICA FORWARD À NAIROBI : Diomaye Faye plaide pour une solution à la dette
RAPPORT CENTIF 2025 : Des enjeux majeurs et des chiffres édifiants
STRATÉGIE NATIONALE DE L’ÉQUITÉ (SNE) L’État engage la concertation territoriale à Thiès
LANCEMENT DE LA TROISIÈME COHORTE DU EDTECH FELLOWSHIP : 45 millions de FCFA pour propulser les champions de l'éducation numérique
EL MALICK NDIAYE, PRÉSIDENT DE L’ASSEMBLÉE NATIONALE : “La dette ne doit plus être gérée dans l’urgence”
PRIX À LA CONSOMMATION EN AVRIL 2026 : Une hausse de 1,4 % portée par l’alimentation et les services
Activité économique
MOIS DE MARS 2026 : La balance commerciale est excédentaire de 183,8 milliards de FCFA
EXPLOITATION DES MINERAIS EN AFRIQUE : La masterclass du général Mbaye Cissé
DÉFAILLANCES EN SÉRIE DANS LES MARCHÉS PUBLICS : À acquis la faute ?
DGPRE
Hausse prix des matériaux de construction…
Promotion du tourisme souverain
TABASKI 2026 - FACE AUX INCERTITUDES REGIONALES : Les éleveurs appellent à une réaction rapide de l’État
RAPPORT SUR L’ÉTAT DES LIEUX DE L'ÉCONOMIE AFRICAINE Les risques de dégradation s’accumulent en Afrique subsaharienne
INSTALLATION DU CONSEIL STRATEGIQUE DE L'INITIATIVE PRESIDENTIELLE SUNUCHAMPIONS : Diomaye redéfinit les rapports entre l'État et le secteur privé
Tenure de l'eau
Banque mondiale