Publié le 6 Sep 2013 - 12:00
AFFAIRE HABRÉ - LE MINISTRE DE LA JUSTICE RASSURE

«Le procès démontrera que l’Afrique a sa propre capacité de juger ce bourreau»

 

 

Après sa passation de service avec Aminata Touré, Me Sidiki Kaba a promis d’œuvrer au renforcement de l'Etat de droit au Sénégal. Mais comme les habitudes sont souvent têtues, il ne s'est pas privé de tacler le «bourreau» Hissène Habré.

 

Très attendu par la presse suite à sa nomination controversée à la tête du ministère de la Justice, Me Sidiki Kaba n'aura pas forcément rassuré après sa première sortie médiatique. Interpellé sur l’affaire Hissène Habré, lors de la passation de service hier, au Building administratif, le successeur d’Aminata Touré a enfilé son manteau d’avocat et chargé violemment l’ancien président tchadien. «Je pense que le Sénégal a une occasion historique de rendre une justice exemplaire et qui sera un procès historique parce qu’il  démontrera sans doute que l’Afrique a sa propre capacité de juger ce bourreau sur son propre continent et non dans le froid de Belgique». Sans le savoir, Sidiki Kaba a fortifié les accusations de Me El Hadj Diouf, avocat de Habré, pour qui c'est en fait le Sénégal qui a décidé de juger son client, en dépit du lancement des «chambres africaines extraordinaires».

La déclaration du nouveau garde des Sceaux a été jugée «très maladroite» par un proche du Premier ministre. Et elle va certainement radicaliser les avocats de l'ancien chef de l'Etat tchadien. Ces derniers avaient commencé d'ailleurs à dénoncer, dans un communiqué publié après la nomination de Me Kaba, un «conflit d’intérêts» eu égard à la position de celui-ci comme conseil des «victimes de Habré».

Mais le ministre s’en est défendu et précisé qu’il n’est plus avocat dès lors qu’il est dans le gouvernement. «Je veillerai à ce que la Justice s’exerce dans l’intérêt supérieur de l’Etat du Sénégal mais en veillant à ce que la justice soit au service  des justiciables dont les droits seront garantis, les libertés assurées dans une société démocratique.»

L’objectif de Me Sidiki Kaba est donc de promouvoir «un Etat de droit qui va fonctionner sur les principes d’égalité, d’impartialité, de non discrimination, de non exclusion».

Quid de la dépénalisation de l’homosexualité dont il s'est révélé être un farouche partisan ? Ici, Me Kaba fait dans le clair-obscur, mais il indique assumer son «parcours qui est connu de tous» et son «combat de 35 ans au Sénégal, en Afrique et dans le monde» au service «des libertés, des femmes, des handicapés, des faibles contre les puissants». Aujourd'hui, il précise être un «ministre de la République qui exerce dans le cadre d’un gouvernement». Donc, «qui exprime les positions du chef de l’Etat».

S’agissant de la Cour de répression contre l’enrichissement illicite (Crei) qu’il avait décriée en tant qu’avocat de Bibo Bourgi, un proche de Karim Wade actuellement entre les mains de la justice, le ministre Kaba a répondu : «Si cette Cour doit fonctionner sur la base de la loi, elle doit dire quels sont les  droits de ceux qui sont déférés devant elle. C’est cela un Etat de droit.» Toujours est-il que l'ancien président de la Fédération internationale des ligues de droits de l'Homme semble revoir sa copie lorsqu'il indique que «le processus (de traque des biens mal acquis) doit aller jusqu’à son terme». Avec cet engagement : «Je ne serai pas juge ; je ne rédigerai pas avec mes mains (les décisions de justice). Ce sera au juge d’apprécier», assure-t-il...

 

 

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