Le défi de la qualité sanitaire

L’Afrique perd entre 5,7 % et 7,1 % d’années de vie en bonne santé à cause des diarrhées d’origine alimentaire ou hydrique, contre 4,1 % dans le monde, selon l’OMS. A Dakar, un atelier de formation sur les bonnes pratiques d’hygiène et de fabrication s’est ouvert, hier, pour trouver des solutions.
Un atelier de formation sur les bonnes pratiques d’hygiène et de fabrication a été organisé dans le cadre du projet « Renforcement de la capacité de réponse aux urgences de sécurité sanitaire des aliments et amélioration de la qualité sanitaire de l’alimentation de rue au Burkina Faso, au Mali et au Sénégal », financé par le Grand-Duché de Luxembourg et sous la coordination du Ministre de la Santé et du Développement social au Sénégal.
Ouvert à Dakar, hier, l’atelier de trois jours a permis de prendre la mesure des défis qui restent à relever dans le domaine de la sécurité alimentaire. Dr Mamadou Ndiaye, expert en sécurité alimentaire et représentant de la FAO, a rappelé le lourd fardeau des maladies d’origine alimentaire, surtout pour la région africaine. En 2015, souligne-t-il, les estimations de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) faisaient ressortir qu’en Afrique, plus de 91 millions de personnes tombent malades chaque année, entraînant 137 000 décès, soit un tiers de la mortalité mondiale due aux maladies d’origine alimentaire. Que l’Afrique perd entre 5,7 % et 7,1 % d’années de vie en bonne santé à cause des diarrhées d’origine alimentaire ou hydrique, contre 4,1 % dans le monde.
Ce contexte difficile, précise-t-il, est accentué par le constat qu’au Burkina Faso, au Mali et au Sénégal, comme dans les autres pays de la sous-région, les systèmes de sécurité sanitaire des aliments font face à de nombreux défis. Le diagnostic dans le cadre du projet, renseigne-t-il, a fait ressortir l’inefficience des systèmes d’inspection et de maîtrise des risques d’origine alimentaire, l’inadéquation des textes réglementaires par rapport aux risques émergents, la prolifération des aliments vendus sur la voie publique sans contrôle, l’insuffisance d’information et de sensibilisation des consommateurs, ainsi que la mondialisation des échanges.
Trois guides d’inspection pour le contrôle de la restauration de rue
Mais, rassure Dr Mamadou Ndiaye, des solutions sont en cours de mise en œuvre au Sénégal, au Burkina Faso et au Mali : ainsi, trois guides d’inspection pour le contrôle officiel de la restauration de rue ont été élaborés et validés en atelier national au niveau des trois pays. Il en est de même pour trois guides de bonnes pratiques pour la restauration de rue.
"La démarche en cascade est retenue pour leur vulgarisation. C’est ainsi que des formations de formateurs sont organisées pour disposer d’un pool d’acteurs capables de transmettre les connaissances à leurs collègues au cours de rencontres qui se tiendront bientôt sur les sites pilotes retenus. Des modèles d’équipement sont identifiés pour équiper les acteurs de la restauration de rue des sites pilotes afin d'améliorer la conformité du matériel aux exigences d’hygiène. Des plans de surveillance sont en cours de mise en œuvre pour générer plus de données qui permettront une meilleure connaissance des risques prioritaires pour le Sénégal", soutient l'expert.
L'atelier a pour objectif de renforcer les chefs d’entreprise de la restauration et de la valorisation des produits alimentaires, afin de leur permettre de contribuer au développement de l’autocontrôle selon une démarche méthodologique adaptée aux contextes, pour que les produits qu'ils mettent sur le marché local ou à l’export puissent satisfaire aux exigences sanitaires des aliments.
De son côté, le Pr Amadou Diop, Président du Comité national du Codex Alimentarius, a souligné que face aux défis de ce secteur, il est indispensable de renforcer les capacités des acteurs, notamment des PME agroalimentaires, afin de garantir la mise sur le marché de produits sûrs et de qualité. Les maladies d’origine alimentaire, d'après lui, constituent un enjeu majeur de santé publique en Afrique, avec des impacts importants sur la santé des populations, mais aussi sur l’économie et la confiance des consommateurs.
« Les conséquences économiques, prévient-il, vont de la faible participation aux marchés internationaux, de la dévaluation des produits de base, de la faiblesse des revenus d'exportation, de la réduction des bénéfices et du bien-être des producteurs, ainsi que de la perte de confiance des consommateurs dans les chaînes d'approvisionnement alimentaire ».
CHEIKH THIAM







