Publié le 18 Oct 2013 - 20:10
MAME MACTAR GUEYE, VICE-PRESIDENT DE L’ORGANISATION ISLAMIQUE JAMRA

 ''Décriminaliser le trafic de drogue pousserait le pays vers sa destruction''

 

 

C’est un truisme de souligner que la drogue est en train de faire des ravages sous nos cieux. Elle est aujourd’hui l’un des principaux facteurs du grand banditisme dans notre pays, selon le vice-président de l’Organisation islamique Jamra, Mame Mactar Guèye.

 

Il souligne que les enquêtes de la police peuvent le certifier. Elles ont démontré que les vols avec violence portent de plus en plus la marque de personnes qui ne sont pas lucides. Selon Mame Mactar Guèye, ce n’est pas fortuit, si on assiste aujourd’hui à une recrudescence des viols dans notre pays. Les usagers de la drogue sont capables d’abuser sexuellement d’autres membres utérins de leur famille.

Si les substances psychotropes créent du désordre à tous les niveaux, c’est parce, explique-t-il, elles détruisent le cortex cérébral qui détermine la conduite sociale et morale de l’individu. ''Elles l’anesthésient, alors qu’il est le garde-fou de l’équilibre social'',  souligne Mame Mactar Guèye qui ne manque pas de pousser le bouchon plus loin. ''La drogue crée chez les usagers, au début de la consommation, un complexe de supériorité, l’expérience s’avérant exaltante, elle finit par instaurer une dépendance. Au fil du temps, elle détruit leur cortex cérébral. Le drogué finit par ne plus être conscient de la portée de ses actes et devient finalement prêt à toutes les folies''.

 

Élèves et étudiants, la nouvelle cible

C’est avec un pincement au cœur qu’il parle du cas de ces nombreux jeunes qui sont tombés dans les filets des narcotrafiquants. ''Quand Bécaye Diop était ministre de l’Intérieur, Jamra l’avait saisi pour le cas de deux lycées et collèges où des marchands de la mort avaient réussi à mettre en pratique une stratégie marketing efficiente. Ces narcotrafiquants usent du même modus operandi que certains industriels pour écouler leurs produits''.

Il s’agit, en effet, pour ces narcotrafiquants et autres criminels qui traînent de plus en plus aux alentours des écoles et autres lieux de rencontre des jeunes de cibler en premier ceux qui fument la cigarette. ''Ils leur proposent un échantillon de leur produit. S’il s’avère que la cible n’a pas d’argent, il lui offre le produit censé aiguiser son intelligence et doper ses performances scolaires''.

 De fil en aiguille, ils finissent par créer une déplorable dépendance chez les jeunes qui sont émerveillés par les changements brusques dans leur vie. Pour le vice-président de l’Organisation islamique Jamra, il faut s’attendre à une dislocation du tissu social, si jamais l’État venait à décriminaliser le trafic de drogue, sous prétexte d’un surpeuplement carcéral. ''C’est aberrant !Cet argument de certains magistrats ne tient pas la route. Si jamais on dévalorise la Loi Latif Guèye, qui a un pouvoir hautement dissuasif, ce sera la catastrophe''. Et pour cause, la drogue est en train de détruire les fondements de la société mettant en péril la cohésion sociale.

Jamra, loin de condamner les drogués qu’elle considère comme des victimes, oriente son combat vers les trafiquants. ''Les forces de sécurité voyaient leurs efforts réduits à néant, avant l’application de la loi 2007-31 du 27 décembre 2007 portant modification des articles 95 à 103 du Code des drogues, ou Loi Latif Guèye. Le Sénégal était en passe de devenir la plaque tournante de la drogue, car les peines infligées étaient laxistes''.

 Il poursuit en expliquant qu’en raison du caractère répressif qui prévaut en Europe, les narcotrafiquants investissaient le continent africain par l’ouest. « S’ils tentaient de passer par la Gambie, ils se ravisaient aussitôt vu que là-bas le minimum requis peut aller jusqu’à 20 ans, si l’on vous prend avec de la drogue dure. Ils ont alors essayé avec le Nigeria, mais ils se sont rendu compte que la peine de mort les attendait là-bas.  Comprenant qu’avec le Code pénal sénégalais, ils pouvaient s’en tirer avec 6 mois, ou parfois moins, avec un bon avocat, ils franchissaient allègrement le Rubicon, obnubilés qu’ils étaient par la cagnotte qui les attendaient au bout du circuit !''

''Le kg de cocaïne rapporte 80 millions Fcfa''

En effet, le trafic de dogue dure est un filon très porteur. Avec seulement 10kg d’héroïne pure, ou héroïne-base, provenant du ''Triangle d’Or'' (Birmanie-Thaïlande-Laos), ils peuvent se retrouver avec une importante manne financière, s'ils réussissent à  tromper la vigilance de la Police des frontières et la Douane. Un seul gramme de cette héroïne pure s’échange à pas moins de 80 000 F Cfa, dans certains quartiers huppés de la capitale. Autrement dit, le kilo rapporte au trafiquant-détaillant pas moins de 80 millions de nos francs. Avant la Loi Latif Guèye'', l’enjeu en valait la chandelle, et le trafiquant n’hésitait pas à prendre le risque, quitte à écoper de quelques mois de prison… pour ensuite retrouver sa cagnotte dès son élargissement. C’est pourquoi le Sénégal était devenu une sorte de poubelle des narcotrafiquants. 

Du coup, Jamra exprime toute son opposition à tout projet de dévalorisation de la Loi Latif Guèye, et continue '' d’exhorter le gouvernement de Macky à faire preuve de la plus extrême prudence. Car dégrader cette loi peut paraître suspect, suite surtout à ce fameux scandale de drogue qui a récemment secouée notre police d’État'', conclut Mame Mactar Guèye, vice-président de l’Organisation islamique Jamra. Qui n’a pas manqué d’ajouter que '' s’ils veulent résoudre la question du surpeuplement carcéral, ils n’ont qu’à construire une nouvelle prison, où instituer une session de cours d’Assise spéciale pour la drogue'' !

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