Publié le 12 Feb 2025 - 19:32

Souleymane Bachir Diagne : l’art de déplaire aux grincheux

 

Depuis quelques jours, les attaques se multiplient contre Souleymane Bachir Diagne. Il est reproché au philosophe de s’être tu sur les événements sanglants que le Sénégal a connus entre 2021 et 2024. Certains auraient aimé qu’il prenne position. Il a beau répondre qu’il ne s’est jamais prononcé en politique, mais ce n’est pas assez pour calmer l’ardeur des nouveaux fabricants de sens.

Qu’un esprit lumineux comme celui de Souleymane Bachir Diagne, philosophe de renom, faiseur de ponts entre les cultures, se retrouve en ligne de mire des esprits chagrins… cela aurait presque quelque chose de comique, si ce n’était si désolant. Qu’a donc fait ce penseur, salué partout ailleurs dans le monde, pour mériter les traits empoisonnés de quelques tireurs de l’ombre ? Être lui-même, tout simplement. Et ça, au Sénégal, pays où la culture de l’autodérision le dispute parfois à celle de l’autodestruction, c’est apparemment une faute.

Les critiques ? Toujours les mêmes rengaines. Trop occidental, dit-on, comme si l’ouverture d’esprit était une trahison. Trop éloigné des « vraies préoccupations » des Sénégalais, comme si la philosophie n’avait de valeur que dans les palabres électoralistes. Trop intellectuel, oserait-on presque reprocher à cet homme d’être savant dans un monde où le bruyant et le superficiel triomphent. Bachir Diagne, c’est l’élégance intellectuelle qui détonne dans un brouhaha d’opinions instantanées. Et pour cela, il faut le punir.

Mais pourquoi donc, au Sénégal, s’acharne-t-on à tailler en pièces nos icônes dès qu’elles brillent un peu trop fort ? Serait-ce le syndrome du baobab, cet arbre majestueux qui, par sa simple prestance, provoque chez certains la tentation de le scier ? Nous avons un génie parmi nous, et au lieu de le célébrer, nous tentons de le rabaisser, de l’amputer de sa grandeur, comme pour mieux justifier notre propre immobilisme.

Souleymane Bachir Diagne, c’est l’anti-doxa incarné. L’homme qui refuse les clivages faciles, qui concilie les savoirs du monde entier, de l’Afrique à l’Europe, de l’islam à la modernité. C’est celui qui nous rappelle que nos racines sont universelles et que le futur se construit avec l’intelligence du passé. Mais non, au pays du mbalax et des polémiques stériles, on préfère le réducteur au révélateur.

Et pourtant, combien de pays rêveraient d’avoir un tel ambassadeur ? Bachir Diagne n’est pas seulement un philosophe. Il est un message vivant : celui que l’excellence africaine n’a pas besoin de complexes. Celui que nous avons quelque chose à offrir au monde, et pas seulement dans les stades de football ou les concerts internationaux.

Alors, pourquoi ne savons-nous pas célébrer nos icônes ? Est-ce par manque de confiance en nous-mêmes ? Par peur de reconnaître que la grandeur existe ici, chez nous, et pas seulement chez les autres ? Ou est-ce, plus simplement, par paresse intellectuelle, cette manie de préférer le raccourci du dénigrement à l’effort de la compréhension ?

À ceux qui critiquent Souleymane Bachir Diagne, posez-vous cette simple question : que faites-vous pour élever le pays, sinon abaisser ceux qui essaient ? Que faites-vous pour inspirer la jeunesse, sinon lui apprendre à mépriser ce qui est grand ? Que faites-vous pour le Sénégal, sinon le réduire à l’étroitesse de vos perspectives ?

Souleymane Bachir Diagne, lui, n’a pas le temps de répondre. Il écrit, il pense, il enseigne. Il prouve que la philosophie n’est pas qu’un luxe, mais une nécessité. Il montre que le Sénégal peut produire autre chose que des clichés, qu’il peut aussi offrir au monde des idées, des visions, des horizons.

Il est temps de célébrer nos icônes, non pas par simple patriotisme, mais parce qu’elles nous élèvent, qu’elles nous tirent vers le haut. Bachir Diagne, c’est un phare dans la nuit de nos doutes. Apprenons à allumer plus de lumières, au lieu de les éteindre.

Par Sidy DIOP

Section: 
Commentaires sur l’avant-projet de loi portant révision de la Constitution
LA RUE COMME MUSÉE : Pour une esthétique populaire de la ville africaine
Hommage à Mame Less Camara (3 ans déjà....)
YAKAAR-TERANGA : Les véritables pertes de l’État du Sénégal et les conséquences dévastatrices
YAKAAR-TERANGA : Les deux raisons du départ de kosmos
MÉMOIRE - TROIS ANS DÉJÀ : Malick Ndiaye, le veilleur de l’éthique Ceddo
REVALORISATION DE LA FORMATION DES JOURNALISTES DANS LE CADRE DU FADP ET RÔLE PIONNIER DU CESTI : Le pari de la qualité
DU TEXTE AU GESTE : L’ordre de préséance et la valorisation des élus à la lumière du décret n°99 252 du 19 mars 1999
AU SENEGAL, LES PAUVRES PAIENT PLUS POUR SE SOIGNER : Le paradoxe de notre système de santé
DE LA SUPRÉMATIE PRÉSIDENTIELLE : Entre conflits et primauté
Analyse de la décision n° 2/C/2026 du Conseil Constitutionnel
De grâce ne nous faites pas ça !
SONKO MOY DIOMAYE - DIOMAYE MOY SONKO : C’est le difficile qui est le chemin
Vous n’avez même pas honte : récit d’une fraternité trahie
Refus de l’intangibilité absolue du titre foncier et fondement juridique d’une politique de récupération des biens publics irrégulièrement appropriés
CULTURE AU SÉNÉGAL : Une puissance créative entravée par ses propres failles
Les mineurs artisanaux africains méritent le développement, pas l’effacement
LE SÉNÉGAL DEVANT UN DÉTROIT D’ORMUZ FINANCIER : Explication métaphorique des TRS
L’ÉCONOMIE DES SOINS : Une condition d’autonomisation économique des femmes et de prospérité partagée au Sénégal
SÉNÉGAL–FMI Entre souveraineté proclamée et dépendance réelle