Publié le 18 Jan 2013 - 05:10

Avons-nous besoin d’un immeuble à New-York ?

 

 

Dans une interview accordée au quotidien «Enquête» du vendredi 11 janvier 2013, M. Pierre Goudiaby Atepa, architecte de renom, a évoqué le projet de construction d’un immeuble dénommé «Maison du Sénégal» à New-York pour le compte de l’Etat.

 

Cette information montre malheureusement ce qui a toujours singularisé notre Etat pourtant dit démocratique, à savoir le caractère « solitaire » et « discrétionnaire » de certaines décisions importantes, prises sans concertation et sans visa de notre Assemblée Nationale pourtant censée représenter le peuple et qui n’est souvent au courant de rien, en plus d’être parfois une simple chambre d’enregistrement. Personnellement, sans être un spécialiste, ce qui me turlupine l’esprit concernant ce projet, c’est bien ceci : aurons-nous vraiment besoin en 2015, 2017 ou 2019 d’un immeuble aussi coûteux (environ 100 millions de dollars, soit 50 milliards de FCFA) à New-York ? Pour emporter la décision du Président Wade, M. Goudiaby lui a parlé d’un immeuble de rapport, appartenant à l’Etat ougandais, qui aurait même permis de payer les fonctionnaires de ce pays durant les périodes de vaches maigres.

 

Il serait bon cependant de noter que le contexte des années 70-80 est très différent de celui qu’on aura dans les années 2020 et surtout 2030. Dans les années 70-80, les Etats-Unis étaient, malgré l’existence de l’URSS, la superpuissance incontestable et incontestée, le « centre de gravité du monde » et New-York, la « capitale du monde », avec Wall Street comme principale place boursière et le siège de plusieurs multinationales et aussi des Nations Unies. Tout contribuait donc à rendre les investissements immobiliers dans cette ville hyper rentables avec des niveaux de loyer et de vente très élevés.

 

Mais le contexte qu’on aura dans les années 2020 et surtout 2030 et 2040 sera certainement assez différent de celui qu’on avait dans les années 1970-80. D’ailleurs, M. Goudiaby a lui-même évoqué la crise de l’immobilier qui sévit d’ores et déjà à New-York. En effet, la donne est en train de changer lentement mais sûrement. Le « centre de gravité du monde » se déplacera inexorablement ailleurs, probablement vers l’Extrême-Orient. Il est aussi possible qu’avec le phénomène nouveau de la mondialisation, il n’y ait désormais même plus de « centre de gravité ».

 

Dans ces conditions, pourquoi faire un investissement aussi coûteux, qui se serait justifié à la rigueur si le Sénégal était un pays pétrolier avec des ressources financières abondantes ? De plus, dans le très long terme, l’Etat du Sénégal n’a aucun intérêt à posséder un immeuble dans une ville menacée par la montée des eaux, phénomène accentué par les changements climatiques. A propos de cette menace d’ailleurs, il convient de souligner qu’aucune compagnie d’assurances sérieuse et digne de ce nom n’accepte de couvrir ce genre de risques, si ce n’est au prix fort.

 

Tenant compte de tous ces facteurs, j’invite vivement le Président Macky Sall à renoncer à ce projet hasardeux et coûteux qui va, pour ainsi dire, « immobiliser » 50 précieux milliards de FCFA pendant une ou deux décennies, sinon plus. Ceci dans un pays qui a réellement besoin d’investissements productifs dont certains ont des effets presque immédiats.

 

Je l’invite à consacrer cet argent, si argent il y a, à payer ne serait-ce qu’une partie symbolique de la dette intérieure (pour aider un peu à relancer la machine économique), ainsi qu’à des lignes de crédit pour des investissements massifs dans l’agriculture, l’agro-industrie, l’artisanat et la petite industrie pour : accroître notre autosuffisance alimentaire, améliorer notre balance commerciale, faire baisser les prix des denrées essentielles, créer des emplois, bref, générer de la valeur ajoutée dans notre pays même. Pays dont la moitié du territoire située à l’Est semble être abandonnée à elle-même alors qu’elle recèle un potentiel considérable et pas seulement dans le domaine minier. Si cette partie de notre pays était mise en valeur, beaucoup de nos concitoyens, en plus de ceux qui y vivent déjà, s’y établiraient volontiers, malgré la canicule qui y sévit la plus grande partie de l’année.

 

En attendant, même si tout est urgent, il y a des urgences plus urgentes que d’autres... Par exemple, en matière d’infrastructures routières, il est impératif de réaliser, dans le très court terme, l’autoroute Dakar-Touba et la réparation du tronçon Fatick-Kaolack pour faire diminuer les accidents mortels qui sèment le deuil dans nos foyers, surtout ceux dus au mauvais état des routes et aux collisions.

Tout ceci, sans compter que ces routes à réaliser ou à réfectionner de façon urgente ont une importance économique capitale, Touba étant, de fait, la deuxième ville du Sénégal après Dakar et le tronçon Fatick-Kaolack faisant partie intégrante du très important corridor Dakar-Bamako.

 

 

Oumar KANE, Libraire

Membre du Mouvement TEKKI

 

 

 

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