Publié le 24 Jul 2015 - 12:02
MAMADOU WANE (SECRETAIRE NATIONAL ADJOINT A LA VIE POLITIQUE DU PS)

‘’Ceux qui s’attaquent à Tanor ne rendent pas service à Khalifa Sall’’

 

Les attaques répétitives contre le secrétaire général du Parti socialiste (PS), Ousmane Tanor Dieng, ont fait réagir le secrétaire national adjoint à la vie politique du parti des verts. Mamadou Wane estime que ‘’ceux qui s’attaquent à Ousmane Tanor Dieng ne rendent pas service à Khalifa Sall’’. Dans cet entretien avec EnQuête, l’adjoint au maire des Parcelles Assainies assène ses vérités avant d’appeler le maire de Dakar à siffler la fin de la récréation, évitant  ainsi la fragilisation de ‘’l’institution que représente le secrétaire général du PS’’.

 

Ousmane Tanor Dieng, le secrétaire général de votre parti,  est de plus en plus contesté par certains responsables socialistes. Ces derniers lui reprochent sa gestion. Comment appréciez-vous cette situation ?

C’est une situation déplorable. Récemment, j’ai suivi avec attention certaines sorties fracassantes de certains responsables socialistes au rang desquels le maire de la Médina, Bamba Fall et celui de Dalifort, Idrissa Diallo. Je voudrais d’ailleurs à la suite de la sortie de ce dernier, rétablir un certain nombre de choses. Sa sortie m’interpelle doublement en tant que militant et en tant que responsable du parti chargé de la vie politique. A l’analyse du discours, j’ai vu des termes, des propos qui, à mon sens, ne devraient pas être tenus par un responsable de son calibre. Quand on parle de compromission, de récalcitrant, de tricherie et surtout d’escroquerie, je dis que c’est irresponsable, à la limite impulsif, ingrat et malhonnête. On ne peut pas s’attaquer personnellement et de manière très injuste à notre camarade, secrétaire général, Ousmane Tanor Dieng. Je rappelle que ce sont les militants socialistes, il y a un an, qui l’ont reconduit à la tête du parti, de manière triomphale à l’issue d’un congrès démocratique et transparent.

Mais le maire de Dalifort  conteste dans ses propos la légitimité de ce congrès. Que lui répondez-vous ?

C’est un débat dépassé. Mais il refuse de grandir politiquement. Il refuse de prendre de la hauteur. Parce que ce qu’il évoque en parlant de ce congrès n’est pas fondé. Il s’est exprimé, il a demandé le report du congrès mais l’écrasante majorité des militants et responsables socialistes ont opté pour la tenue du congrès à la date retenue par le bureau politique. En démocratie, c’est la majorité qui l’emporte toujours. Sa position personnelle ne doit pas nous indiquer la voie à prendre. C’est un responsable qui s’est exprimé comme moi, comme Barthélémy Dias, Khalifa Sall ou un autre. Et le parti a décidé.

Le congrès a été précédé d’un vote. Et d’après certaines indiscrétions, c’est Aïssata Tall Sall qui  a largement dominé Tanor à Dalifort. Qu’en est-il exactement ?

Cela n’est pas important. Et voilà où se situe le problème. Je l’interpelle pour qu’il prenne de la hauteur et qu’il dépasse ce faux débat. Nous avons dépassé le congrès et actuellement nous nous projetons sur l’avenir. Dire que tel candidat a gagné sa zone, tel autre a perdu, est insensé. Nous sommes 138 coordinations à travers le pays, une ou deux coordinations de perdu est un faux débat. Quand il dit que le camarade secrétaire général est son frère, moi j’en doute parce qu’il y a de ces propos, on ne les tient pas à l’endroit de son ami ou de son frère. Pourquoi poser le débat en des termes très durs ? Je voudrais, au-delà de la personne d’Idrissa Diallo, rappeler à tous les militants que le camarade secrétaire général est la plus haute autorité du parti. C’est une institution. Donc s’attaquer à lui, c’est affaiblir le Parti socialiste. Ceux qui s’attaquent à Ousmane Tanor Dieng ne rendent même pas service à Khalifa Sall. Et dire que je soutiens tel candidat ou tel autre candidat n’arrange pas la situation actuelle du parti. Nous devons faire bloc autour de notre secrétaire général et relever ensemble les défis du moment.

Il n’empêche qu’Idrissa Diallo ne fait pas mystère de son soutien à Khalifa Sall. Y-a-t-il du mal à soutenir quelqu’un en politique ?

On n’en est pas encore à la question de la candidature du parti pour les échéances futures. Il peut exprimer son soutien à qui il veut, c’est sa liberté.  Mais nous avons un parti organisé, un parti discipliné et il faut qu’il y ait au minimum, une règle de conduite. Je trouve que ce n’est pas de cette manière qu’il faut poser le débat. Ousmane Tanor Dieng, quoi qu’on dise, reste et demeure le secrétaire général du parti. Il est d’ailleurs en train d’appliquer les décisions du parti.

Le débat que le maire de Dalifort et autres responsables socialistes posent est un débat de fond sur la candidature du Ps à la prochaine élection présidentielle. Quelle est la position définitive du parti par rapport à cette question ?

La position du PS par rapport à la prochaine élection présidentielle est claire et est déjà exprimée. Le parti aura un candidat. Maintenant qui sera-t-il ?  On n’en est pas encore la. L’essentiel, c’est que tout le monde le comprenne ainsi. Depuis 1948, le PS ne s’est jamais absenté d’une élection. On a toujours été présent à toutes les joutes électorales. Donc il n’y a pas de raison de discuter de cela dès lors que le parti a déjà décidé qu’on aura un candidat. Nous ne savons pas encore quand est ce que le référendum aura lieu. Le PS avait exprimé son souhait que le référendum se tienne avant la fin de l’année 2015. Le président de la République veut l’organiser en 2016 et envisage même de saisir le Conseil constitutionnel dans ce sens. On ne sait pas encore si les élections auront lieu en 2017 ou en 2019. D’ailleurs, ce n’est pas la même attitude qu’il faut avoir si les élections devaient se tenir en 2017 ou en 2019.

Le président de la République semble maintenir le flou sur la date de la prochaine présidentielle. Est-ce que cela ne joue pas à votre défaveur ?

Le PS prépare une tournée nationale. Nous allons aller à la rencontre de nos militants à travers le pays. Nous sommes en train de discuter et de nous préparer. Les responsables n’ont qu’à travailler à la base, mobiliser leurs troupes, massifier et organiser le parti et rester à l’écoute du parti. C’est la période de l’hivernage qui gêne un peu par rapport à certaines zones, mais ce qui est sûr et certain, c’est que le parti va se déployer.

Est-ce que le parti est prêt actuellement à aller à des élections ?

Le parti est bien évidemment prêt à aller à des élections. Le parti est organisé. Il ne se limite pas seulement à Dakar. Le PS, c’est 138 coordinations qui ont des responsables qui ont été renouvelés. Il s’agit aujourd’hui d’unir le parti mais pas de tenir un certain discours qui tend à affaiblir le parti.

Est-ce que ce n’est pas, comme le soutient Bamba Fall, Ousmane Tanor Dieng qui entrave la bonne marche du parti socialiste ?

Ousmane Tanor Dieng n’a pas dit qu’il est candidat. Nous avons un processus clair et démocratique. Lorsqu’il s’agira de poser le problème de la candidature, un processus bien déterminé sera ouvert et connu de tous. A ce moment, il y aura un appel à candidature pour que ceux qui veulent être candidats du parti se signalent et les militants du parti vont voter librement.

 Le maire de Dakar Khalifa Sall a-t-il des chances d’être investi candidat du PS ?

Khalifa Sall est un grand responsable du parti. Je voudrais d’ailleurs profiter de l’occasion pour l’interpeller directement. En tant que responsable national à la vie politique du parti, je lui demande de prendre cette question à bras le corps et d’apporter des réponses. Aujourd’hui, certaines personnes utilisent son nom pour s’attaquer au secrétaire général. Lui en tant que responsable du parti, il ne devait pas l’accepter, il ne doit pas le cautionner.

Donc selon vous, il doit siffler la fin de la récréation en demandant aux gens de se taire ?

Bien évidemment. Khalifa Sall  doit siffler la fin de la récréation parce que ça commence à faire désordre. Ce n’est  pas normal  que des responsables se lèvent et s’attaquent au secrétaire général en bafouant la ligne édictée par le parti. Au-delà de sa personne, le parti est interpellé de même que tous les militants soucieux de son devenir.

Est-ce que cette situation ne traduit pas une crise interne ?

On ne peut pas parler de crise à l’intérieur du PS. Ce qui se passe, c’est qu’il y a quelques militants isolés qui, à la limite, défient l’autorité du PS. Dans un parti comme le PS, réputé être un parti organisé et discipliné, je peux comprendre qu’il y ait débat. Mais il y a une ligne qu’il ne faut pas franchir. De ce point de vue, j’en appelle à la responsabilité de tous les militants, de poser leurs questions en interne dans les instances du parti. Dès lors que ceux qui s’attaquent à Tanor sont des membres du bureau politique, ils peuvent poser le débat en interne pour qu’on puisse en discuter sereinement. Mais poser le problème à travers la presse et s’attaquer aux gens, je ne peux pas cautionner cela. Je demande à ces responsables de savoir raison garder. Ils ne doivent pas être pressés.

Votre compagnonnage avec l’APR dans BBY n’est-il pas en train de vous coûter la cohésion de votre parti ?

Nous sommes un parti souverain. Nous sommes membres de Benno bokk yaakaar et il faut se rappeler la raison pour laquelle nous avons décidé de travailler dans la mouvance présidentielle. Nous avions dit avant les élections, que si nous n’étions pas arrivés premier ou deuxième, on soutiendrait le parti de l’opposition qui arriverait au deuxième tour. Et nous avons soutenu Macky Sall en toute responsabilité avec un seul objectif, qu’Abdoulaye Wade dégage. Cela, nous l’avons réussi. En quoi BBY devrait aujourd’hui gêner ? Beaucoup d’entre les gens qui parlent sont élus sur les listes de BBY.

Jusqu’où comptez-vous aller dans votre compagnonnage avec Macky Sall ?

Nous attendons d’abord d’y voir plus clair pour décider. Ce qui est important, c’est que pour le moment, le PS est membre de BBY et compte rester dans cette coalition le plus longtemps possible. Il faut d’abord que le référendum se tienne pour pouvoir prendre une quelconque décision par rapport à notre compagnonnage avec BBY. Nous avons demandé à ce qu’il se tienne en 2015. Je pense que ce n’est pas bien d’attendre à 8 mois des élections pour le tenir. Il faut faire en sorte que tous les partis partent à armes égales aux prochaines échéances politiques.

Quel est votre avis sur la réduction du mandat présidentiel ?

C’est une exigence. Le président de la République a dit clairement qu’il réduirait son mandat de 7 à 5 ans. Le peuple l’attend.

Comment appréciez-vous la dernière sortie de la députée Aminata Diallo ?

Depuis quelques jours, je note ses sorties successives dans la presse. On ne peut pas être en phase avec elle tant ses propos sont excessifs, irrespectueux, prétentieux et provocateurs. Elle est indisciplinée. Ce qu'elle reconnaît d'ailleurs. Le Parti Socialiste est un grand parti ouvert qui tient ses débats dans ses instances régulières comme le Bureau politique dont elle est membre. Je suis persuadé,  fort heureusement qu'elle ne parle pas au nom de Khalifa Sall qui un homme mesuré, responsable et discipliné. Il ne cautionne pas d'ailleurs les mouvements de soutien même s’il ne dit rien. Le candidat du parti sera choisi par les militants du Parti en temps opportun lorsque le processus de désignation sera lancé. C'est peine perdue que de vouloir mettre la pression sur le parti et ses responsables pour se déterminer maintenant alors que nous avons des préalables. Enfin, on ne peut pas être député de Benno Bokk Yakaar et dénigrer à longueur de journée BBY.

PAR ASSANE MBAYE

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