“Qu'on ne compte pas sur moi pour exercer la moindre pression sur les magistrats du siège”

C'est un ministre qui reste droit dans ses bottes. Sereinement, mais fermement, Ousmane Diagne a rappelé aux gens de Pastef qui lui reprochent des lenteurs dans la conduite de son département que magistrat, il n'a jamais accepté qu'on lui mette la pression. Ce n'est donc pas lui, ministre de la République, qui va mettre la pression sur les magistrats, surtout des juges.
“J'avoue que je suis surpris quand j'entends ce genre de reproche. D'abord, je ne pense pas qu'il y ait des lenteurs comme on le prétend. Pour poursuivre, il faut d'abord que les instances chargées de poursuivre soient en place. Je rappelle que le Pool judiciaire a été installé au mois de septembre ; la Haute cour de justice qui doit juger certaines personnalités au mois de décembre. Où sont donc les lenteurs ? Je ne le pense pas”, précise-t-il d'emblée.
Mais qu'à cela ne tienne, pour le ministre de la Justice, dire le droit ne rime pas avec rapidité ou précipitation. “Cela requiert beaucoup de sérénité et de tranquillité, si on veut vraiment qu'elle soit efficace et qu'elle remplisse sa mission. En toute objectivité, je ne comprends pas du tout ces observations, pour ne pas dire ces critiques. C'est comme si, finalement, ce qui semble intéresser les gens, c'est moins la bonne marche de la justice que l'arrestation et la poursuite de certaines personnes qui ont été citées. Si on veut une bonne administration de la justice, il faut respecter les règles et les procédures. Ce qui nous intéresse, c'est que tout se passe dans les règles de l'art”, a-t-il martelé.
Selon lui, il ne s'agit pas d'être pressé à arrêter qui que ce soit, mais de faire appliquer la loi dans toute sa rigueur.
Rendant un vibrant hommage aux magistrats qui se donnent à fond dans les dossiers, il dit à qui veut l'entendre : “Je n'ai jamais accepté qu'on fasse pression sur moi, surtout dans un sens déterminé. Qu'on ne compte pas sur moi pour exercer la moindre pression sur les magistrats du siège. Je n'ai aucune autorité sur eux. Je sais qu'ils font un excellent travail. Il leur arrive - et je crois que c'est la plus grande innovation de notre temps - il leur arrive de rendre des décisions en parfaite contradiction avec les réquisitions du parquet et je n'ai jamais eu à faire la moindre observation, encore moins la moindre critique. C'est de leur responsabilité, c'est de leur prérogative. Le seul moyen qui s'offre à nous - je veux dire à mes services du parquet - c'est de faire usage des voies de recours qui leur sont reconnues par la loi”.
De l'avis du ministre de la Justice, cela montre que les choses ont changé et c'est comme ça que ça doit se passer dans un État de droit digne de ce nom. “Je suis extrêmement satisfait de la façon dont la justice est rendue, dont les magistrats s'acquittent de leurs obligations, de leurs prérogatives. Cela montre que la justice a changé. Il n'est plus dit qu'un opposant ou quelqu'un en délicatesse avec le pouvoir, s'il a des problèmes, que les gens s'attendent fatalement à une condamnation. Il est arrivé qu'il y ait des décisions de relaxe, des décisions de classement sans suite que nous assumons en toute responsabilité”, tranche-t-il, réagissant aux critiques qui venaient essentiellement du camp de la majorité.