Publié le 5 Feb 2014 - 14:23
CENTRAFRIQUE

A Bangui, la traque des musulmans au quartier Combattants

 

Sur la terre rouge, l'armement de base des miliciens chrétiens anti-balaka : machette, marteau, pelle, fronde. Des soldats français viennent de les saisir. A cinq mètres, le cadvre d'un jeune musulman du quartier Combattant de Bangui. Même les oreilles ont été coupées. "C'est un musulman d'ici, il s'appelait Abaka, ils l'ont tué dans la cour de sa maison", raconte à l'AFP Benjamin, un voisin chrétien.

"Ils", ce sont les anti-balaka qui, sous prétexte de combattre les ex-rebelles Séléka, traquent férocement tout musulman dans la capitale centrafricaine. Nuit et jour, des musulmans sont abattus dans d'atroces conditions.

"Il faut couvrir le cadavre", dit un soldat français de l'opération Sangaris, arrivé après l'assassinat. Il sont une vingtaine à bloquer des centaines d'habitants, les empêcher de s'abattre sur la concession du mort, pour la piller. Plusieurs dizaines de pillards sont déjà à l'oeuvre. Le climat est très tendu. "T'approche pas, reste où tu es, recule maintenant!", crie un soldat à un jeune qui s'avance vers lui.

"C'est pas normal, Sangaris nous empêche de piller"

Des pages de cahiers d'écoliers volent dans la poussière. Dès que le soldat se déplace de trois mètres vers un autre point, le pillard revient, charge sur l'épaule une porte en bois, un autre le suit avec un tuyau d'arrosage. Un rapide coup d'oeil vers Sangaris, et ils s'enfuient avec leur butin.

Les soldats tiennent en respect plusieurs dizaines de jeunes, à moitié cachés par de hautes herbes, à l'arrière de la concession. Impossible de savoir qui sont des anti-balaka, des voyous ou de simples pillards. Benjamin regrette : "C'est pas normal, Sangaris nous empêche de piller!".

En bord de route, le propriétaire de la petite boutique "L'Arche de Noé", profite d'une brève accalmie pour la fermer avec un cadenas. "On ne va pas vous le répéter dix fois, passez de l'autre côté de la route", crie un soldat aux centaines d'habitants, qui refluent.

Venant de la zone proche de l'aéroport, où s'entassent cent mille déplacés terrorisés par les violences, une ambulance de la force africaine Misca passe, sirène hurlante. Une rafale de Famas ( fusil des Français), tirée au dessus de la foule, crépite. "Ça ne va plus, il y trop de dérapages". A moins de cent mètres, une autre terrible scène de Bangui, en bord de route. Cette fois, il s'agit du cadavre d'un jeune chrétien, tué par erreur car confondu avec un musulman.

"Il faisait le look musulman avec des cheveux bouclés et un chapelet de prière autour du poignet", explique Victor. Les jambes du défunt, qui dépassent du tissu coloré qui le couvre, sont profondément entaillées, au dessus des chevilles. "Pour que le sang coule plus vite", précise un connaisseur.

"Ça ne va plus, y a trop de dérapages, il faut que ça cesse", souffle Victor. La femme du mort et l'une de ses soeurs sont en pleurs. "Je lui avais dit de ne pas sortir", crie sa femme, mains au ciel. On le charge sur une charrette, et le funeste convoi part lentement. A Bangui, de nombreux quartiers sont livrés à une violence aveugle, continue.

Au quartier PK-12, dans le nord de la capitale centrafricaine, c'est un musulman, blessé par un couteau, qui est emporté par la Croix-rouge. "C'est un ex-Séléka, ils l'ont reconnu", commente un gendarme centrafricain posté à la barrière. "Un autre est arrivé, il voulait lancer une grenade, on l'a arrêté à temps!".

"Non aux Séléka, nous voulons leur départ du PK-12. Oui aux Sangaris, nous leur demandons d'être plus actifs", est-il écrit à la craie sur un carton, adossé à une chaise, devant les vendeurs de manioc et de bois. A quelques mètres de la tache de sang qui rougit le bitume.

AFP

 

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