Publié le 12 Jul 2025 - 14:01
OUVRAGE SUNU GIS GIS

Le pari d’une nouvelle ère

 

L'élection historique de Bassirou Diomaye Faye marque la fin d'un cycle politique sénégalais usé, hérité d'une démocratie libérale essoufflée. Entre contestations électorales, violences passées et un "vieux monde" en déclin, le nouveau pouvoir, porté par une mobilisation inédite, s'engage dans une transformation systémique attendue par la population. Ce pan important de notre histoire politique est un peu condensé dans l'ouvrage Sunu Gis Gis que le quotidien EnQuête a bien voulu traiter.

 

La République du Sénégal s'ouvre sur un nouveau chapitre sous la direction du Président Bassirou Diomaye Faye et de son Premier ministre Ousmane Sonko, leaders du parti PASTEF. Ils prennent les rênes d'un pays où le modèle politique et démocratique est clairement en déclin. Depuis 2012, malgré la capacité des citoyens à changer de régime par les urnes, le chemin vers une transition pacifique s'est avéré semé d'embûches.

La période 2021-2024, sous le second mandat du président Macky Sall, a été particulièrement tendue. Un processus électoral anormalement long et dysfonctionnel a engendré des contestations croissantes, des tensions persistantes et des violences qui ont coûté la vie à plus de 60 jeunes, causé de nombreux blessés et conduit à l'emprisonnement de plus de 2 000 personnes. La Justice, l'Administration territoriale et les Services de sécurité ont également connu de graves dysfonctionnements, plongeant le pays dans un état d'exception.

La Tentation du Troisième Mandat et l'Exclusion des Opposants

L'un des points noirs de la période précédente fut la question récurrente du troisième mandat présidentiel. Malgré ses propres engagements en 2012 de "verrouiller" la limitation des mandats à deux, le président Macky Sall a tenté diverses manœuvres politiques et juridiques pour prolonger son séjour au pouvoir, y compris le report des élections. Seuls la résistance déterminée du peuple sénégalais et le professionnalisme des juges du Conseil constitutionnel ont forcé son recul.

Parallèlement, la Justice et les institutions ont été utilisées pour écarter des figures de l'opposition. Dès son premier mandat, Macky Sall a œuvré à l'exclusion de personnalités comme Karim Wade et Khalifa Sall de la présidentielle de 2019, s'ouvrant ainsi une voie royale vers la victoire, dès le premier tour. Ce recours à des pratiques qualifiées d'illibérales et autoritaires a caractérisé cette période.

L'Émergence de PASTEF et le "Passage de la Prison au Palais"

L'exclusion d'Ousmane Sonko, leader de PASTEF, de la course présidentielle n'a pas été sans conséquences. Face à ce qui était perçu comme des "attaques non conventionnelles" du pouvoir, une longue résistance s'est organisée, culminant par des mouvements d'insurrection et le fameux slogan "Gatsa-Gatsa" (œil pour œil, dent pour dent).

Pour débloquer une situation chaotique, une loi d'amnistie controversée a été promulguée, permettant la libération des leaders et militants de PASTEF. Un acte décisif qui a rendu possible l'élection présidentielle de 2024 dans des conditions apaisées et a mené à un fait inédit dans l'histoire politique sénégalaise : le passage direct de la prison au palais pour les nouvelles figures du pouvoir.

Sonko-Diomaye : Une Légitimité Redoutable

L'intelligence politique d'Ousmane Sonko a résidé dans le choix de son proche collaborateur, Bassirou Diomaye Faye, comme candidat de substitution, rompant avec le classique "moi ou personne". Porté par le slogan "Sonko moy Diomaye, Diomaye moy Sonko", Bassirou Diomaye Faye a remporté une victoire éclatante dès le premier tour, avec 54% des suffrages.

Ce résultat, porté notamment par une adhésion massive de la jeunesse sénégalaise, confère au nouveau président une légitimité légale indéniable, mais aussi le poids d'une "dette politique et symbolique" envers son mentor. Ousmane Sonko, en tant que Premier ministre, jouit quant à lui d'une légitimité exceptionnelle, renforcée par la victoire écrasante de PASTEF aux législatives anticipées de novembre 2024 (130 députés sur 165). Cette configuration crée l'image d'un "hyper Premier ministre" tout-puissant, attirant les critiques mais symbolisant aussi l'émergence d'une démocratie de parti exacerbée et radicale.

Vers une Transformation Systémique

Le Sénégal est à un carrefour. La mobilisation citoyenne, les propositions de refondation des institutions et l'initiative d'un grand dialogue national témoignent d'une aspiration profonde à une transformation systémique. Le rôle du Conseil constitutionnel, qui a refusé la prolongation du mandat présidentiel, ainsi que celui de la société civile, des universitaires et des médias, ont été cruciaux dans la résilience démocratique du pays.

Le nouveau gouvernement fait face au défi de consolider ce renouveau démocratique et de répondre aux attentes d'une population qui a manifesté sa volonté de changement radical.

 

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