Publié le 26 Sep 2013 - 02:03
POST-POINT par MOMAR DIENG

A Keur Momar Sarr, zéro coupable, zéro responsable!

 

La gestion catastrophique, en termes de principe et de communication, de la crise de l'eau survenue après un “accident” technique à Keur Momar Sarr, privant la capitale du liquide précieux pendant plusieurs jours, est le symptôme achevé d'une certaine incurie qui slalome, imperturbable, depuis plusieurs dizaines d'années dans l'appareil de décision étatique au Sénégal. Ce que le Premier ministre et le porte-parole du gouvernement assimilent tranquillement à un accident de type classique ressemble à une réaction politicienne qui met en exergue l'une des plus grandes tares des hommes politiques ou politiciens : la culture de l'irresponsabilité devant les échecs qu'ils doivent assumer et qu'ils n'assument jamais. Ou si peu.

Dans le cas précis de ce faux accident de Keur Momar Sarr, les politiques ont encore infligé aux citoyens contribuables de ce pays une formidable démonstration de mauvaise foi. Quand il s'agit pour eux de vivre aux crochets de nos pauvres impôts, c'est normal puisque, eux aussi, ils rendraient service à la collectivité nationale. Mais lorsqu'il est question qu'ils jettent l'éponge pour incompétence avérée, ça devient une autre affaire ! De fait, de ce drame entretenu des populations dakaroises pendant une dizaine de jours, rien ne semble devoir en ressortir : tous les éléments du “système” liés à la chaîne du fiasco sont encore en place, rien ni personne ne bouge. Zéro sanction. Normal : ils sont tous responsables, mais personne d'entre eux n'est coupable. Nous sommes là en présence d'un signe extraordinaire de complicités enchevêtrées, de relations d'affaires imbriquées quelque part dans et à la périphérie de l'Etat, et de copinages, audessus des intérêts nationaux.

Culture de l’irresponsabilité

Si les autorités de ce pays, sur cette affaire bien précise, étaient mues par les principes de bonne gouvernance, elles auraient tenu un langage de vérité sur la réalité de cet accident imaginaire, en lieu et place de ce cumul inarrêtable d'annonces fausses destinées à rassurer à tout prix.  Si elles étaient courageuses et en accord avec les principes déclamés, elles auraient agi depuis longtemps, à deux niveaux: punir la chaîne opérationnelle technique et administrative à l'origine du désastre ; et limoger la chaîne dépositaire de la responsabilité politique. Mais rien !

Il y a autre chose, un sous-scandale dans le scandale : comment est-il possible qu'une conduite payée 11 milliards de francs Cfa, chiffre lâché par le ministre de tutelle Pape Diouf, pour une durée de vie de 30 ans, a-t-il pu défaillir à plusieurs reprises après 9 ans de services ? Accident ? Surtout pas ! Le terme a été manipulé en outil de communication de masse pour laisser une porte de sortie au gouvernement. Car véritablement, il s'est agi de mal gouvernance pour que ce qui est arrivé ait pu être possible. En l'espèce, cette affaire nous renvoie à ces routes (et aux autres infrastructures) inaugurées en grandes pompes et qui se transforment en latérite après quelques passages de véhicules. Corruption...

Drapeau étranger

En attendant que le pouvoir coupe (ou pas) les vraies têtes à couper, cette affaire est une alerte et un rappel quant à la nécessité de privilégier l'expertise nationale dans les secteurs vitaux de notre économie. Il est plus que temps de mettre fin aux ingérences des institutions de Bretton Woods dans la gouvernance de notre pays. On l'oublie peut- être, mais ce qui est arrivé à Keur Momar Sarr est une conséquence lointaine des pressions de la Banque mondiale sur nos autorités politiques afin que des secteurs entiers de notre économie passent sous drapeau étranger... Bouygues ou les fonds d'investissement qui tiennent la SDE n'oseront jamais priver d'eau Paris ou Marseille ou Grenoble pendant 24 heures. Chez nous, ils peuvent se le permettre sur dix jours. Demandez-leur pourquoi...

 

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