Publié le 16 Oct 2024 - 13:41
GESTION DES FINANCES PUBLIQUES

Macky Sall ‘’démonte’’ les accusations du Premier ministre Sonko et contre-attaque

 

L'ancien président sénégalais, Macky Sall, a brisé le silence pour la première fois, depuis les déclarations du Premier ministre Ousmane Sonko concernant la situation économique héritée de son régime. Lors d’une interview accordée à Bloomberg TV à Londres hier mardi 15 octobre, Macky Sall a fermement réfuté les accusations portées contre lui sur la gestion des finances publiques, tout en annonçant sa participation active aux élections législatives du 17 novembre 2024, à la tête de la coalition Takku Wallu Sénégal.

 

Dans son entretien avec Bloomberg TV, Macky Sall a vigoureusement rejeté les affirmations selon lesquelles son administration aurait falsifié les chiffres relatifs à la dette publique et au déficit budgétaire. ‘’Je regrette les propos du Premier ministre qui sont totalement faux et qui ont conduit à une dégradation de la note du Sénégal’’, a-t-il déclaré, exprimant son indignation face aux accusations qui, selon lui, ont contribué à ternir la réputation économique du pays.

Le Premier ministre Ousmane Sonko, à la tête du gouvernement depuis avril 2024, avait précédemment révélé que la dette publique du Sénégal sous Macky Sall avait atteint 76,3 % du PIB, bien au-delà des 65,9 % annoncés par le régime précédent. De plus, le déficit budgétaire aurait culminé à 10,4 % du PIB à la fin de 2023, un chiffre alarmant comparé aux prévisions initiales. Cette découverte a provoqué une onde de choc dans les milieux économiques et financiers, entraînant notamment l'abaissement de la note de crédit du Sénégal par l'agence de notation Moody's à B1, plaçant le pays dans une position risquée sur les marchés internationaux.

La défense de Macky Sall : Une vision du développement par l’investissement

Face à ces critiques, l’ancien chef d’État a répliqué en défendant vigoureusement la stratégie économique qu’il a mise en place durant ses mandats. ‘’Il ne faut pas se mettre dans la tête que l’on peut se développer sans dette, ce n’est pas possible’’, a-t-il martelé.

Selon lui, l'endettement du Sénégal sous sa présidence a été destiné à financer des infrastructures essentielles telles que les autoroutes et la ville nouvelle de Diamniadio, des projets qui ont permis de désengorger Dakar et de moderniser les infrastructures du pays. Il a insisté sur la distinction entre l’endettement productif, qui vise à soutenir le développement, et l'endettement excessif. ‘’Il ne faut pas confondre emprunter pour financer le développement et parler de surendettement’’, a-t-il souligné.

L’ancien président a également fait valoir que les investissements réalisés sous son administration avaient produit des résultats tangibles, visibles dans la transformation économique du pays. ‘’J’ai quitté un pays où les indicateurs étaient au vert. Les résultats des investissements de mon administration sont tellement visibles qu’il ne devrait même pas y avoir de débat’’, a-t-il ajouté.

Un retour sur la scène politique pour contrer la majorité actuelle

Le retour de Macky Sall en politique pour les élections législatives de novembre 2024 n’est pas anodin. En tête de liste de la coalition Takku Wallu Sénégal, qui regroupe plusieurs partis d'opposition, dont celui de l’ancien président Abdoulaye Wade, Macky Sall se présente comme un rempart contre une majorité écrasante qui pourrait, selon lui, nuire au Sénégal. ‘’J'ai accepté de renforcer l'opposition pour éviter une majorité toute-puissante qui pourrait être tentée de mener le pays sur une mauvaise voie’’, a-t-il affirmé.

Sa candidature aux législatives est perçue par certains comme une tentative de revenir sur le devant de la scène politique, après la défaite de son camp à la présidentielle du 24 mars 2024.

Macky Sall, qui avait quitté le pouvoir après deux mandats, voudrait jouer un rôle actif dans l’opposition, malgré les défis que cet engagement comporte.

Bien que Macky Sall ait été confirmé tête de liste de la coalition Takku Wallu Sénégal, la question de son retour au pays reste floue. Selon certaines sources proches de l’ancien président, Macky Sall prévoit de mener sa campagne depuis le Maroc où il réside actuellement. Ces informations, relayées par le magazine ‘’Jeune Afrique’’, ont semé le doute quant à sa présence physique au Sénégal pendant la campagne électorale.

Cependant, plusieurs figures proches de l’Alliance pour la République (APR) ont démenti cette hypothèse, affirmant que l’ancien chef de l’État reviendra au Sénégal pour participer activement aux élections. Farba Ngom, un de ses fidèles, a été l’un des premiers à confirmer cette information lors d'une réunion avec les partisans de l'APR à Agnam. ‘’Macky Sall sera là, il va battre campagne en tant que tête de liste de la coalition Takku Wallu’’, a-t-il déclaré, promettant une campagne dynamique avec des visites aux chefs religieux et des tournées à travers le pays.

Les spéculations judiciaires et politiques

La possibilité que Macky Sall fasse face à des poursuites judiciaires à son retour au Sénégal est un sujet récurrent dans les milieux politiques. Certains proches des nouvelles autorités en place comme Fadilou Keita, DG de la CDC, ont laissé entendre que l'ancien président pourrait être tenu pour responsable des déficiences financières observées à la fin de son mandat.

Cependant, Farba Ngom a rejeté ces rumeurs, les qualifiant de simples spéculations visant à discréditer Macky Sall avant les élections. Il a affirmé que ces accusations sont entretenues par des adversaires politiques cherchant à détourner l'attention sur les véritables enjeux de la campagne électorale.

Pour sa part, Amadou Sall, avocat et porte-parole de la coalition Takku Wallu Sénégal, a fermement rejeté l'idée que Macky Sall pourrait être inquiété par la justice à son retour. ‘’Il ne peut pas être interpellé par la police. On ne peut rien contre lui’’, a-t-il déclaré lors d’une interview à RFI. Il a également précisé que la seule manière de mettre l’ancien président en accusation serait par le biais d’une Assemblée nationale, ce qui, selon lui, est improbable dans l’immédiat. ‘’Tant qu'il n'y a pas une Assemblée, on ne peut pas le mettre en accusation. De quoi aurait-il peur ?’’, a-t-il ajouté, rejetant ainsi l’idée que Macky Sall resterait à l’étranger par crainte de poursuites.

Les élections législatives du 17 novembre s’annoncent cruciales pour l’avenir du Sénégal. Pour le Premier ministre Ousmane Sonko et le président Bassirou Diomaye Faye, il est essentiel de remporter une majorité au Parlement pour pouvoir mettre en œuvre leur programme de réformes.

Cependant, l’opposition, menée par Macky Sall et la coalition Takku Wallu Sénégal, entend bien freiner cette ambition en imposant une cohabitation.

Le retour de Macky Sall, s’il se concrétise, peut dynamiser la campagne de l’opposition et mobiliser ses partisans. Cependant, l’incertitude qui plane sur son retour physique et les accusations qui pèsent sur lui pourraient affaiblir sa position.

Dans ce contexte électoral tendu, les Sénégalais sont appelés à choisir entre la continuité des réformes amorcées par Diomaye et Sonko ou un retour à une opposition parlementaire forte, incarnée par Macky Sall et ses alliés.

Quoi qu’il en soit, ces élections législatives s’annoncent comme un tournant décisif pour l'avenir politique et économique du Sénégal.

Amadou Camara Gueye

Section: 
OUSMANE DIAGNE SUR LES CRITIQUES CONTRE LA JUSTICE : “Qu'on ne compte pas sur moi pour exercer la moindre pression sur les magistrats du siège”
UN AN DE BASSIROU DIOMAYE FAYE : Un président au-dessus de la mêlée
PRÉSIDENTIELLE GABONAISE 2025 : Un meeting mobilise la diaspora gabonaise au Sénégal
INTERPRETATION DE LA LOI D’AMNISTIE : Les péchés d'Amadou
LOI INTERPRÉTATIVE DE L'AMNISTIE : Un précédent dangereux, selon le maire de Latmingué
Thierno Bocoum sur la loi interprétative
L'APR sur la loi Amadou Ba
PRÉSÉLECTION POUR LE RECRUTEMENT  SPÉCIAL DE 2 000 ENSEIGNANTS : Les volontaires communautaires se sentent lésés
POLÉMIQUE AUTOUR DE LA LOI AMADOU BA : La société civile appelle à des concertations préalables
MODIFICATION AMNISTIE : La loi de la division 
CONDAMNATION DE MARINE LE PEN ET DE NICOLAS SARKOZY : République des juges ou affirmation de l’État de droit
PROPOSITION DE LOI PORTANT INTERPRÉTATION LOI D'AMNISTIE Anta Babacar Ngom rejoint le front de la contestation
Cdeps vs Amadou Ba
MARINE LE PEN INELIGIBLE : Sa participation à l'élection présidentielle de 2027 compromise
PORTRAITS CROISES D’AMADOU BA (PASTEF) ET PAPE MALICK NDOUR (APR) : Les nouveaux « gladiateurs » de l’arène médiatique
INTERDICTION DE SORTIE DU TERRITOIRE : Mansour libre de voyager
CONSEIL NATIONAL DE DÉVELOPPEMENT DES COLLECTIVITÉS TERRITORIALES : 5 milliards supplémentaires alloués aux collectivités
UN AN DE GOUVERNANCE DE BASSIROU DIOMAYE FAYE Entre engagement, défis et espoirs
UDIT FINANCES PUBLIQUES L’APR demande à rencontrer le FMI pour donner sa version
PIT