Publié le 27 Jul 2013 - 18:18
MAMADOU MOUSTAPHA WONE, SOCIOLOGUE

“On ne fait qu’utiliser les moyens à la mode”

 

Dans cet entretien, le sociologue Mamadou Moustapha Wone analyse les rapports d'un genre nouveau que les Sénégalais entretiennent avec leurs téléphones portables qu'ils utilisent comme un moyen d'espionner l'autre. Le sociologue pense que les populations ne font que s'adapter à cet outil technologique pour se livrer à une pratique qui n'est pas nouvelle.

Pouvez-vous analyser ce rapport des Sénégalais au téléphone qu'il utilise comme un moyen d'espionnage?

(…). Il est vrai que le portable est entré dans les moeurs, on peut même dire qu’il est devenu un phénomène social. L’usage qu’on peut en faire est de plus en plus diversifié. Avec les nouveaux modèles, on n’utilise pas le portable que pour appeler ou recevoir des appels, ou des texto, on peut enregistrer des sons, filmer des événements et les vulgariser à une plus grande échelle. Cela s’est passé avec les filles de Grand-Yoff, l’année passée, maintenant, on en parle avec le problème du trafic de drogue intéressant quelques gros bonnets de la police. Mais, je pense que tout cela est à inscrire dans une logique ancienne de relations interindividuelles et interprofessionnelles, où il y a toujours eu une très grande part de rivalité, de compétition, de jalousie, de m’a-t-on vu. A mon avis, rien de vraiment nouveau sous le soleil. On utilise les nouvelles technologies de l’information pour se frayer d’une manière ou d’une autre un chemin dans cette vie pleine d’incertitudes, comme on aurait utilisé la calomnie de bouche à oreille auparavant. Faire chanter ou vilipender quelqu’un ne date pas de maintenant, on ne fait qu’utiliser les moyens à la mode, ni plus, ni moins. Cependant, dans le cas du dernier événement policier, ne pourrait-on pas dire qu’il y avait là préméditation ? Et à mon avis, c’est ce côté perfide qui est le plus navrant ! Il faut se rendre à l’évidence que la rivalité constitue et constituera toujours la trame de fond des relations interindividuelles, et surtout professionnelles.

Mais est-ce qu'il y a une explication culturelle à cette propension des Sénégalais à enregistrer les autres?

Cette propension n’est pas sénégalaise, elle est mondiale, pour ne pas dire humaine ! Tant qu’il y aura vie, il y aura toujours rivalité, et tant qu’il y aura rivalité entre les individus, on utilisera toujours les moyens que la technologie offre aux uns et aux autres pour se taper les uns sur les autres. Avant, on utilisait les moyens qu’on avait à sa disposition (les commérages, les lettres anonymes, les photographies en cachette, etc.). Actuellement, on utilise le portable qui a toutes ces fonctionnalités. C’est très pratique ! Mais de là à incriminer toute une technologie ou toute une culture, c’est un pas que le sociologue ne franchira pas. Une fois de plus, rien de vraiment nouveau, à part sans doute, la technique. Je pense que de plus en plus, il faudrait s’attendre à ce que le bouche-à-oreille se transforme en portable-à-portable. Tout se fait avec ce nouvel outil, la drague, la calomnie, la délation, etc. Idem pour les choses que l’on peut considérer comme étant positives.

Y a-t-il des risques que cela déteigne sur les populations et installe une psychose?

Edward Snowden vient de dire que les États-Unis espionnaient tout le monde. Et c’est vrai ! Je pense que cette forme d’espionnage est plus insupportable que cet espionnage interindividuel. Cela dit, je ne pense pas que la psychose s’emparera des populations, puisque, de toute façon, tout le monde est espionné depuis longtemps. Avec le téléphone portable, on peut retrouver la trace d’un individu en un rien de temps, on peut l’espionner à son insu, écouter ses conversations, etc. Ainsi, je pense que si la population devait avoir peur, c’est depuis longtemps. D’ailleurs, au niveau de la population, à la base, on s’y adonne couramment, sauf que ce n’est pas aussi amplifié, parce que cela n’intéresse que ces personnes à la base, et que ce n’est pas non plus une affaire nationale ou d’État.

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