Publié le 15 Sep 2022 - 00:48

Le seul point positif qu’on peut retenir de ce qui s’est passé à l’Assemblée nationale hier. . .

 

Je n’irai pas jusqu’à dire, comme nombre de mes compatriotes, que ce qui s’est passé hier à l’Assemblée[1] nationale est une honte pour notre pays. En tout cas, il ne l’honore pas, il n’honore pas la démocratie qui, si elle était une personne, se ferait toute petite. Á un ami qui m’a envoyé un message pour s’indigner de ce qui s’est passé dans notre « auguste » Assemblée, j’ai répondu ceci : « Heureusement que je n’ai rien vu de tout cela. Ce qui s’est passé ne m’a pas surpris : j’en avais le pressentiment. » En effet, je n’ai suivi l’événement ni à la radio, ni à la télévision, ni dans les réseaux sociaux[2].

Même grave, l’événement d’hier n’est pas une première dans cette assemblée. Les débats qui y ont lieu, en particulier depuis le 1er avril 2000, ne nous ont jamais honorés. C’est pourquoi j’ai mal, très mal, quand nos journalistes et de nombreux autres compatriotes appellent nos députés « honorables ». En quoi sont-ils honorables, ces gens-là ? J’ose croire quand même, après le démarrage de cette nouvelle législature, on n’appellera plus aucun député, aucune députée « honorable ».

D’après Le Petit Larousse illustré (2012), « honorable » signifie : « Digne de considération, d’estime ; qui donne droit au respect, à la considération ». Alors, en quoi nos députés/députées d’hier comme ceux/celles d’aujourd’hui sont-ils/elles honorables ? Il faut quand même être sérieux. Je crois, et peut-être beaucoup de compatriotes avec moi, qu’après ce qui s’est passé hier et des dizaines d’années auparavant, personne n’osera plus appeler un député ou une députée « honorable ». Ils/elles ne le sont point et ne méritent pas ce qualificatif. Ce sera-là le seul point positif qu’on peut retenir de l’événement d’hier. C’est, du moins, ce que j’en retiens.

Je profiterai aussi de cette occasion pour m’arrêter sur une autre aberration, en tout cas qui l’est de mon modeste point de vue. C’est l’usage abusif de « Monsieur le Ministre » et d’ « Excellence ». Tous les anciens ministres et ministres-conseillers sont appelés « Monsieur le Ministre ». Même ceux d’entre eux qui ne l’ont été que pendant quelques mois, et il en existe. Combien y en a-t-il eu, de ministres et de ministres-conseillers, surtout depuis le 1er avril 2000 ? Des ministres et des ministres-conseillers parfois venus de nulle part, et qui ne seraient même pas attachés ou chefs de cabinet dans les pays sérieux. Alors pourquoi continue-t-on, chez nous, de les appeler ministres dix, quinze ans ou plus après qu’ils ont quitté leurs fonctions ? En France, on appelle les François Fillon, Ségolène Royale, Alain Juppé, Jacques Lang, Dominique de Villepin, Manuel Valls, Jean-Marc Ayrault, etc. par leurs noms. Et pourtant !

On va jusqu’à appeler « Excellences » des hommes et des femmes qui n’ont été ambassadeurs/ambassadrices que moins de deux ans, parfois moins d’un an. Oui, il en existe chez nous. On peut appeler « Excellences » les André Guillabert, Kéba Birane Cissé, Massamba Sarré, Falilou Kane, Doudou Salla Diop, etc.[3] Donc il faut arrêter les caxaaneri consistant à abuser des mots et à donner des titres et des qualificatifs prestigieux à n’importe qui ! Ce pays traîne beaucoup de problèmes et a besoin d’être lavé à grande eau, qui les en débarrasserait sûrement. Nous devrions y travailler de toutes nos forces, en tout cas tous ceux et toutes celles d’entre nous qui se soucient tant soit peu de son avenir.

Dakar, le 13 septembre 2022

Mody Niang

 

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