Publié le 12 Nov 2013 - 20:11
LIBRE PAROLE

Y a-t-il une doctrine sénégalaise en matière de défense et de sécurité ?

 

Face aux nouvelles menaces notamment les organisations terroristes caractérisées principalement par (i) une flexibilité organisationnelle, (ii) une mobilité dans l’espace et (iii) une tactique de dispersion, ce n’est pas exclusivement au bout des canons que l’Etat doit espérer lutter efficacement contre le terrorisme.

En effet, il ne s’agit plus, en ce XXI siècle, de guerres conventionnelles où les parties prenantes seraient visibles,  identifiables et s’affrontant dans un champ de bataille déterminé ; au contraire, ici, l’ennemi est volatile, invisible et libre de frapper quand et où il veut pour saper, soit les intérêts de l’État cible, soit d’un quelconque autre État ennemi.

Cette complexité de la question nécessite des études stratégiques définissant une doctrine nationale en matière de défense et de sécurité d’une part, et donnant aux décideurs politiques et militaires ainsi qu’à leurs partenaires des outils d’aide à la prise de décision. La «posture anticipative» préconisée par le Président de la République lors de la 10ième édition de la journée des forces armées doit s’inscrire dans une vision structurante de réflexions stratégiques et d’actions efficaces (instructions, équipements, entraînements militaires).

De même, sous un autre registre, l’État doit urgemment agir sur la précarité et le désœuvrement des jeunes, causes de déséquilibres mentaux, facteurs facilitant l’enrôlement dans les actions terroristes, d’ici ou d’ailleurs. Il doit également renforcer les équilibres nationaux classiques qui jusque-là, ont assuré une certaine sécurité et stabilité du Sénégal. Dans la même veine, un contrôle plus accentué doit être exercé sur les idéologies expansionnistes et des solutions apportées à la porosité des frontières.

Dans cette dynamique, le Sénégal doit définir une doctrine en matière de sécurité et de défense, à l’instar des États dits «puissants» tels que les USA, la France, l’Angleterre, etc., qui ont très tôt compris les enjeux correspondants. Ainsi ont-ils intégré les thinks tanks dans la recherche de solutions et appuient leurs études stratégiques. Du coup, il est traditionnellement établi, dans ces États, un dialogue permanent entre les expertises civile et militaire en vue d’optimiser leurs solutions en matière de défense et de sécurité.

A ce titre, Georges Clémenceau n’avait pas tort de considérer que «la guerre ! C’est une chose trop grave pour la confier (exclusivement : c’est nous qui ajoutons) à des militaires». Dans cette perspective, même si certains universitaires essaient d’instrumentaliser le terrorisme pour des raisons de sinécures et de prébendes (ès qualité de conseiller auprès des chancelleries), il n’en est pas moins pour qui, il a suscité un véritable intérêt scientifique.

Le plan d’action contre les actions terroristes conventionné entre la France et le Sénégal et l’opération Karangué (protection) mise en route constituent des efforts considérables mais non suffisants pour lutter efficacement contre le terrorisme. En effet, le Sénégal reste encore très vulnérable au terrorisme eu égard à l’expertise éprouvée de son armée, à l’efficacité de ses services de renseignements ainsi qu’à la performance de ses unités spéciales.

En somme, le Sénégal doit s’inscrire irrémédiablement dans la dynamique des études stratégiques pour éclairer ses politiques en matière de sécurité et de défense, d’intérêts vitaux, de «bon voisinage», de relations extérieures, et cetera.

Saliou FAYE

Coordonnateur du Centre d’Études et de Recherches Internationales et Stratégiques (CERIS)

ceris.contact@gmail.com

 

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