Publié le 2 Apr 2025 - 15:38
POLÉMIQUE AUTOUR DE LA LOI AMADOU BA

La société civile appelle à des concertations préalables

 

Vingt organisations de la société civile se sont mobilisées pour réitérer leur appel à des concertations inclusives avant le vote de la proposition de loi portant interprétation de la loi d'amnistie.

 

Le front contre la loi Amadou Ba ne faiblit pas, loin de là. Outre le mouvement Y en a marre qui avait donné le ton quelques semaines auparavant, c'est désormais 19 organisations membres de la société civile qui sont venues grossir les rangs de la contestation face à la proposition de  loi interprétative.

Pour Afrikajom Center, Legs Africa, le Forum du justiciable, le Dialogue citoyen, Présence chrétienne, entre autres, si la société civile a convenu de faire bloc, c'est au nom de la lutte contre l'impunité, pour l'indemnisation des victimes, la répartition des préjudices dans le respect des droits des citoyens. “La loi d'amnistie ne devrait pas être interprétée de manière à favoriser une justice inéquitable. La société civile plaide pour la recherche de la vérité. Il est important que la lumière soit faite sur ce qui s'est passé entre 2021 et 2024. Il est essentiel que ceux qui ont commis des violations des Droits de l'homme soient mis devant la responsabilité de leurs actes sans aucune distinction et quels qu'en soient les auteurs”, déclare ce membre d’Afrikajom Center, Ibrahima Ka.

Selon M. Ka, de ces concertations souhaitées par la société civile, devrait aussi découler “la réparation intégrale des préjudices”, car “les victimes doivent pouvoir accéder à des compensations adéquates pour leurs souffrances”. L'un des porte-paroles du jour a estimé, dans le même sens, qu'il est nécessaire de s'asseoir autour d'une table afin de “prévenir ce genre de situation et faire en sorte que de tels actes ne se reproduisent plus au Sénégal”.

Enfin, pour la prise en compte de toutes ces recommandations, le coordonnateur de Y en a marre, Alioune Sané, et ses camarades de la société civile suggèrent un gel du processus, mais par-dessus son inclusivité pouvant permettre la participation “des victimes, des organisations de la société civile et d'autres acteurs sociaux”.

Dans ce processus d’expliquer les attentes de leur groupement, le coordinateur de Y en a marre en a placé une pour les victimes de vandalisme. “Il est vrai que la lumière doit être particulièrement faite sur les pertes en vies humaines. Mais ce n'est pas pour autant que ceux qui ont subi des dommages collatéraux devraient être lésés. Chacun mérite réparation. Car, après tout, nous faisons la part des choses entre les manifestants, je dirais conventionnels et ceux qui posaient carrément des actes de vandalisme en détruisant délibérément des biens d'autrui. Ces Sénégalais ayant subi ce genre d'injustice doivent être indemnisés à la hauteur des dégâts engendrés”. Toutefois, selon M. Sané à côté de cette indemnisation, on devrait penser à réhabiliter certains accusés à tort de “terroristes”, notamment.

Prenant la parole, Thiat en a juste marre de toujours être dribblé par les politiciens  prompts à promettre monts et merveilles à chaque campagne électorale pour aller dans le sens contraire, une fois aux commandes. “Pourquoi la parole donnée n'a aucune valeur pour un politicien ? Depuis l'indépendance, c'est le même refrain, les promesses électorales n'engagent que ceux qui y croient. Tout ça pour dire que l'actuel président de la République, à l'époque candidat à la Présidentielle de 2024, avait promis d'abroger cette loi d'amnistie. Il l'avait même réitérée pendant son adresse à la Nation de décembre 2024. Pourquoi vouloir interpréter une loi qu'on a toujours combattue ?”, se questionne le rappeur Thiat.

Poursuivant son propos, ce membre de Y en a marre et du groupe de rap Keur Gui Crew semble plus déçu quand il constate encore que la “trahison” émane du Pastef. “On ne peut être que dans l'incompréhension si, aujourd'hui, on nous sert des changements de sémantique. Cela est d'autant plus surprenant et décevant que cela vienne du Pastef. Nous ne nous attendions pas à cela, car nous estimons que l'actuel parti au pouvoir a vécu certaines formes d'injustice de l'ancien régime. Rien que pour ça, les patriotes devraient être les premiers remparts contre cette loi interprétative”.

Rappelons que la proposition de loi polémique doit être votée ce jour à l'Assemblée nationale. Sauf grosse surprise, elle devrait passer comme lettre à La Poste, si l'on sait que la mouvance présidentielle détient 130 sièges sur 165.

Organisations ayant pris part à l’initiative d’hier :

1. COSCE

2. Y’EN A MARRE

3. AFRIKAJOM CENTER

4. LIGUE SÉNÉGALAISE DES DROITS HUMAINS

5. ONG 3D

6. LEGS-AFRICA

7. RADDHO

8. GRADEC

9. RÉSEAU SIGGIL JIGEEN$

10. ONDH

11. RADIO OXY JEUNES

12. AJED

13. CERAG

14. HANDICAP FORM EDUC

15. AFEX

16. OSIDEA

17. FORUM DU JUSTICIABLE

18. DIALOGUE CITOYEN

19. CONASUB

20. PRÉSENCE CHRÉTIENNE

Mamadou Diop

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